En ce moment, Sara entendit la voix de son oncle qui l'appelait. Elle ouvrit la porte.

—Sara, dit M. de Malmédie, Sara venez ici, mon enfant; vous ne seriez pas en sûreté dans le pavillon.

—Me voilà, mon oncle, dit la jeune fille en fermant la porte et tirant la clef après elle, de peur que quelqu'un n'y entrât en son absence.

Mais, au lieu de se réunir à Henri et à son père, Sara rentra dans sa chambre. Un instant après, M. de Malmédie vint voir ce qu'elle y faisait. Elle était à genoux devant le Christ qui était au pied de son lit.

—Que faites-vous donc là, dit-il, au lieu de venir prendre le thé avec nous?

—Mon oncle, répondit Sara, je prie pour les voyageurs.

—Ah! pardieu! dit M. de Malmédie, je suis sûr qu'il n'y aura pas, dans toute l'île, un homme assez fou pour se mettre en route par le temps qu'il fait.

—Dieu vous entende, mon oncle! dit Sara.

Et elle continua de prier.

En effet, il n'y avait plus de doute, et l'événement, qu'avec son coup d'œil de marin Jacques avait prédit, allait se réaliser: un de ces terribles ouragans, qui sont la terreur des colonies, menaçait l'île de France. La nuit, comme nous l'avons dit, était venue avec une vitesse effrayante; mais les éclairs se succédaient avec une telle rapidité et un tel éclat, que cette obscurité était remplacée par un jour bleuâtre et livide, qui donnait à tous les objets la teinte cadavéreuse de ces mondes expirés que Byron fait visiter à Caïn, sous la conduite de Satan. Chacun des courts intervalles, pendant lesquels ces éclairs presque incessants laissaient les ténèbres maîtresses de la terre, était rempli par de lourds grondements de tonnerre qui prenaient naissance derrière les montagnes, semblaient rouler sur leurs pentes, s'élevaient au-dessus de la ville, et allaient se perdre dans les profondeurs de l'horizon. Puis, comme nous l'avons dit, de larges et puissantes bouffées de vent suivaient la foudre voyageuse et passaient à leur tour, courbant, comme s'ils eussent été des baguettes de sanie, les arbres les plus vigoureux, qui se relevaient lentement et pleins de crainte, pour se courber, se plaindre et gémir encore sous quelque nouvelle rafale, toujours plus forte que celle qui la précédait.