—Pour nous qui avons une maison solide, non, dit Henri; mais pour les pauvres diables qui demeurent dans des cases ou qui auront affaire par les chemins, oui, et j'avoue que je ne voudrais pas être à leur place.

—Vous croyez, Henri?

—Pardieu! si je le crois. Tenez, entendez-vous?

—Quoi?

—Les filaos du jardin de la Compagnie.

—Oui, oui. Ils gémissent, et c'est signe de tempête, n'est-ce pas?

—Et voyez le ciel, comme il se couvre. Ainsi, je vous le répète, Sara, si vous avez quelque fleur à rentrer, vous n'avez pas de temps à perdre; moi, je vais enfermer mes chiens.

Et Henri sortit pour mettre sa meute à l'abri de l'orage.

En effet, la nuit venait avec une rapidité inaccoutumée, car le ciel se couvrait de gros nuages noirs; de temps en temps, des bouffées de vent passaient, ébranlant la maison; puis tout redevenait calme, mais de ce calme pesant qui semble l'agonie de la nature haletante. Sara regarda dans la cour, et vit les manguiers qui frissonnaient comme s'ils eussent été doués du sentiment et qu'ils eussent pressenti la lutte qui allait avoir lieu entre le vent, la terre et le ciel, tandis que les lilas de Chine inclinaient tristement leurs fleurs vers le sol. La jeune fille, à cette vue, se sentit prise d'une terreur profonde, et elle joignit les mains en murmurant:

—O mon Dieu, Seigneur, protégez-le!