—Je dois être à la ville à dix heures, mon père, répondit Georges.

—Mais, malheureux, c'est impossible! s'écria le vieillard.

—Il le faut, mon père, dit Georges.

Et dans l'accent de cette voix, comme dans celle de Jacques, le pauvre père reconnut une telle résolution, qu'il baissa la tête en soupirant, mais sans insister davantage.

Pendant ce temps-là, Miko-Miko accomplissait sa mission.

À peine arrivé à Port-Louis, il s'était acheminé vers la maison de M. de Malmédie, dont la commande de Henri lui avait ouvert doublement l'entrée. Il s'y présentait cette fois avec d'autant plus de confiance qu'en passant sur le port il avait vu MM. de Malmédie, père et fils, occupés à regarder les bâtiments à l'ancre, dont les capitaines, dans l'attente du coup de vent qui menaçait, doublaient les amarres. Il entra donc chez M. de Malmédie, sans craindre d'être dérangé par personne dans ce qu'il venait y faire, et Bijou, qui avait vu Miko-Miko en conférence le matin même avec son jeune maître et celle qu'il regardait d'avance comme sa jeune maîtresse, le conduisit droit à Sara, qui, selon son habitude, était dans son pavillon.

Comme l'avait prévu Georges, au milieu des nouveaux objets que le brocanteur venait offrir à la curiosité de la jeune créole, ce fut le charmant coffret de Boule qui attira aussitôt ses regards. Sara le prit, le tourna et le retourna de tous côtés, et, après en avoir admiré l'extérieur, elle voulut l'examiner en dedans et demanda la clef pour l'ouvrir; alors Miko-Miko fit semblant de chercher cette clef de tous côtés, mais ses recherches furent inutiles. Il finit par faire signe qu'il ne l'avait pas, et que sans doute, il l'avait oubliée à la maison, où il allait la chercher, il sortit donc aussitôt, laissant le coffret et promettant de venir rapporter la clef.

Dix minutes après, et pendant que la jeune fille, dans toute l'ardeur de sa curiosité enfantine, tournait et retournait le miraculeux coffret, Bijou rentra et lui donna la clef, que Miko-Miko s'était contenté de renvoyer par un nègre.

Peu importait à Sara comment la clef lui venait, pourvu que la clef lui vînt; elle la prit donc des mains de Bijou, qui se retira pour aller fermer promptement tous les volets de la maison menacés par l'ouragan. Sara, restée seule, s'empressa d'ouvrir le coffre.

Le coffre, comme on le sait, ne contenait qu'un papier qui n'était pas même cacheté, mais seulement plié en quatre.