César assista à cette exécution, et comme le peuple, qui avait compté sur un supplice plus long, faisait entendre quelques murmures, l'empereur lui promit pour les prochaines ides de mars un présent de gladiateurs.

C'était pour célébrer le troisième anniversaire de la mort du dictateur Julius César.


[Chapitre XV]

Néron avait touché juste: cette promesse calma à l'instant les murmures; parmi tous les spectacles dont ses édiles, ses préteurs et ses Césars le gorgeaient, ceux dont le peuple était plus avide étaient les chasses d'animaux et les présents de gladiateurs. Autrefois ces deux spectacles étaient distincts; mais Pompée avait eu l'idée de les réunir en faisant combattre pour la première fois, pendant son second consulat, à l'occasion de la dédicace du temple de Vénus victorieuse, vingt éléphants sauvages contre des Gétules armés de javelots: il est vrai que longtemps auparavant, si l'on en croit Tite-Live, on avait tué pour un seul jour cent quarante-deux éléphants dans le cirque; mais ces éléphants, pris dans une bataille contre les Carthaginois, et que Rome pauvre et prudente alors ne voulait ni nourrir ni donner aux alliés, avaient été égorgés à coups de javelots et de flèches par les spectateurs des gradins: quatre-vingts ans plus tard, l'an 523 de Rome, Scipion Nasica et P. Lentulus avaient fait descendre dans le cirque soixante-trois panthères d'Afrique, et l'on croyait les Romains blasés sur ce genre de fête, lorsque Segurus, transportant le spectacle sur un autre élément, avait rempli d'eau l'amphithéâtre, et dans cette mer factice, lâcha quinze hippopotames et vingt-trois crocodiles; Sylla, préteur, avait donné une chasse de cent lions à crinière: le grand Pompée une de trois cent quinze; et Julius César une de quatre cents; enfin Auguste, qui avait gardé d'Octave un arrière-goût de sang, avait fait tuer dans les fêtes qu'il avait données tant en son nom qu'en celui de son petit-fils, environ trois mille cinq cents lions, tigres et panthères; et il n'y eut pas jusqu'à un certain P. Servilius, de la vie duquel on n'a retenu que ce souvenir, qui donna une fête où l'on tua trois cents ours et autant de panthères et de lions amenés des déserts de l'Afrique: plus tard ce luxe n'eut plus de frein, et Titus fit dans une seule chasse égorger jusqu'à cinq mille bêtes féroces de toute espèce.

Mais de tous, celui qui jusqu'alors avait donné les fêtes les plus riches et les plus variées était Néron: outre les impôts d'argent imposés aux provinces conquises, il avait taxé le Nil et le désert, et l'eau et le sable lui fournissaient leur dîme de lions, de tigres, de panthères et de crocodiles: quant aux gladiateurs, les prisonniers de guerre et les chrétiens les avaient avantageusement et économiquement remplacés: ils manquaient bien de l'adresse que donnait aux premiers l'étude de leur art, mais ils avaient pour eux le courage et l'exaltation, qui ajoutaient une poésie et une forme nouvelle à leur agonie: c'était tout ce qu'il fallait pour réchauffer la curiosité.

Rome tout entière se précipita donc dans le cirque: cette fois on avait puisé à pleines mains dans le désert et dans les prisons: il y avait assez de bêtes féroces et de victimes pour que la fête durât tout le jour et toute la nuit: d'ailleurs l'empereur avait promis d'éclairer le cirque d'une manière nouvelle: aussi fut-il reçu par d'unanimes acclamations: cette fois il était vêtu en Apollon, et portait, comme le dieu pythien, un arc et des flèches: car dans les intervalles des combats il devait donner des preuves de son adresse; quelques arbres avaient été déracinés de la forêt d'Albano, transportés à Rome et replantés dans le cirque, avec leurs branches et leurs feuilles, et sur ces arbres des paons et des faisans apprivoisés, étalant leur plumage d'azur et d'or, offraient un but aux flèches de l'empereur: il arrivait aussi que parfois César prenait en pitié quelque bestiaire blessé, ou en haine quelque animal qui faisait mal son métier de bourreau: alors il prenait ou son arc ou ses javelots, et de sa place, de son trône, il donnait la mort à l'autre bout du cirque, pareil à Jupiter Foudroyant.

À peine l'empereur fut-il placé que les gladiateurs arrivèrent sur des chars: ceux qui devaient commencer les combats étaient comme d'habitude achetés à des maîtres; mais comme la solennité était grande, quelques jeunes patriciens s'étaient mêlés aux gladiateurs de profession pour faire leur cour à l'empereur; on disait même que parmi ceux-ci deux nobles, que l'on savait ruinés par leurs débauches, s'étaient loués, l'un pour la somme de deux cent cinquante, l'autre pour celle de trois cent mille sesterces.

Au moment où Néron entra, les gladiateurs étaient dans l'arène, attendant le signal et s'exerçant entre eux, comme si les combats qu'ils allaient se livrer étaient un simple jeu d'escrime. Mais à peine le mot l'empereur! l'empereur! eut-il retenti dans le cirque, et eut-on vu César-Apollon s'asseoir sur son trône, en face des vestales, que les maîtres des jeux entrèrent dans le cirque, tenant en main des armes émoulues qu'ils présentèrent aux combattants, et que ceux-ci échangèrent contre les armes émoussées avec lesquelles ils s'exerçaient: puis ils défilèrent devant Néron, élevant leurs épées vers lui, afin qu'il s'assurât qu'elles étaient acérées et tranchantes, ce qu'il pouvait faire en se baissant: sa loge n'était élevée que de neuf à dix pieds au-dessus de l'arène.

On présenta la liste des combattants à César afin qu'il désignât lui-même l'ordre dans lequel ils devaient combattre: il décida que le rétiaire et le mirmillon commenceraient; après eux devaient venir deux dimachères, puis deux andabates: alors pour clore cette première séance qui devait finir à midi, deux chrétiens, un homme et une femme, seraient donnés à dévorer aux bêtes féroces. Le peuple parut assez satisfait de ce premier programme, et au milieu des cris de vive Néron! gloire à César! fortune à l'empereur! les deux premiers gladiateurs entrèrent dans le cirque, chacun par une porte située en face l'une de l'autre.