Ce fut donc avec une ardeur qui, aux yeux du Seigneur lui tint sans doute lieu de foi, qu'au milieu du cercle des prisonniers à genoux elle s'agenouilla elle-même sous le rayon de jour qui descendait par un soupirail, à travers les barreaux duquel elle entrevoyait le ciel. Paul était debout derrière elle, les mains élevées et priant, et Silas, incliné, tenait l'eau sainte dans laquelle trempait le buis béni. En ce moment, et comme Acté achevait l'acte des apôtres, ce credo antique qui, de nos jours encore et sans altération, est resté le symbole de la foi, la porte s'ouvrit avec un grand fracas: des soldats parurent, conduits par Anicétus, qui, frappé par le spectacle étrange qui s'offrait à sa vue, car tous étaient demeurés à genoux et priant, s'arrêta immobile et silencieux sur le seuil:

—Que veux-tu? lui dit Paul interrogeant le premier celui qui venait tantôt comme juge, tantôt comme bourreau.

—Je veux cette jeune fille, répondit Anicétus en montrant Acté.

—Elle ne te suivra pas, reprit Paul, car tu n'as aucun droit sur elle.

—Cette jeune fille appartient à César! s'écria Anicétus.

—Tu te trompes, répondit Paul en prononçant les paroles consacrées et en versant l'eau sainte sur la tête de la néophyte, cette jeune fille appartient à Dieu!...

Acté jeta un cri et s'évanouit, car elle sentit que Paul avait dit vrai, et que ces paroles qu'il avait prononcées venaient à tout jamais la séparer de Néron.

—Alors c'est donc toi que je conduirai à l'empereur à sa place, dit Anicétus en faisant signe aux soldats de s'emparer de Paul.

—Fais comme tu voudras, dit l'apôtre, je suis prêt à te suivre; je sais que le temps est venu d'aller rendre compte au ciel de ma mission sur la terre.

Paul, conduit devant César, fut condamné à être mis en croix; mais il appela de ce jugement comme citoyen romain, et ses droits ayant été reconnus comme habitant de Tarse en Cilicie, il eut le jour même la tête tranchée sur le Forum.