—C'était l'ami de mon père, répondit Acté; oui, oui, je me rappelle maintenant: les Juifs te dénoncèrent, ils te menèrent à Gallion, qui était proconsul d'Achaie et frère de Sénèque; mon père me conduisit à la porte comme tu passais, et me dit: «Regarde, ma fille, voilà un juste.»

—Et comment s'appelait ton père? comment t'appelles-tu?

—Mon père s'appelait Amyclès, et je m'appelle Acté.

—Oui, oui, je me rappelle à mon tour, ce nom ne m'est pas inconnu. Mais comment as-tu quitté ton père? Pourquoi as-tu abandonné ta patrie? D'où vient que je t'ai trouvée seule et mourante sur une plage? Dis-moi tout cela, mon enfant, ma fille, et, si tu n'as plus de patrie, je t'en offrirai une; si tu n'as plus de père, je t'en rendrai un.

—Oh! jamais, jamais! je n'oserai te raconter!...

—Cette confession est donc bien terrible?

—Oh! je mourrais de honte à la moitié du récit.

—Eh bien! donc, c'est à moi de m'humilier pour que tu t'élèves, je vais te dire qui je suis, pour que tu me dises qui tu es; je vais te confesser mes crimes pour que tu m'avoues tes fautes.

—Vos crimes!...

—Oui, mes crimes; je les ai expiés, grâce au Ciel, et le Seigneur m'a pardonné, je l'espère!... Écoute-moi, mon enfant, car je vais te dire des choses dont tu n'as aucune idée, que tu comprendras un jour, et que tu adoreras, quand tu les auras comprises.