RYTHMES

I. Haï-Kaï triple

— Une cloche tinte,

Le jour lutte, l’ombre monte,

Tout sombre, tout sombre.

Quelle cloche tinte ?

Oh mon cœur, il bat si fort :

Quoi donc va mourir ?

La nuit dans mon cœur

Et la nuit sur les campagnes ;

Rien ne tinte plus.

II. Pantoum = Haï-Kaï

— Il pleure dans mon cœur…

— Il pleut doucement sur la ville…

— Hélas, quelle langueur !

— Sous une averse de lumière

La ville bout dans sa poussière…

— Tout sombre, tout sombre…

— Mon cœur émigre, où, le sait-il ?

Vers tout delta d’or et d’avril…

— Une cloche tinte…

— Dans le ciel de braise et de cendre

Je vois l’air cuit monter, descendre…

— Le jour lutte, l’ombre monte…

— Loin du noir soleil dessécheur,

Me dissoudre, être une fraîcheur ?…

— Tout sombre, tout sombre…

— Des nues de cuivre s’accumulent

Où l’électricité circule…

— Une cloche tinte…

— Dans l’eau, fébrile et d’or, mouiller

Mes bras : comme un chien patouiller !

— C’est mon cœur qui bat si fort…

— Le ciel est plomb sur plomb, il pèse,

Tout rissole, trombe et fournaise…

— Qui donc va mourir ?

— M’endormir, brute et bienheureux,

Au revers d’un vieux chemin creux…

— La nuit en mon cœur…

— L’orage éclate, croule, écume,

Bat l’univers comme une enclume…

— Et l’ombre dans les campagnes…

— Dans la campagne sans un bruit,

Entendre s’approcher la nuit,

Mourir ainsi…

— Rien ne tinte plus.

— Soudain l’arc-en-ciel,

L’arc-en-ciel, voici :

O, merci, mon Dieu !