JAGO.—C'est toujours le prélude de son sommeil. Il verra tout éveillé l'aiguille faire deux fois le tour du cadran, si son lit n'est bercé par l'ivresse.
MONTANO.—Il serait bon d'en avertir le général. Peut-être ne s'en aperçoit-il pas, ou son bon naturel ne voit-il dans Cassio que les vertus qui le frappent, et ferme-t-il les yeux sur ses défauts. N'est-il pas vrai?
(Entre Roderigo.)
JAGO, à voix basse.—Quoi, Roderigo, ici! je vous en prie, suivez le lieutenant; allez.
(Roderigo sort.)
MONTANO.—Et c'est une vraie pitié que le noble More hasarde une place aussi importante que celle de son second aux mains d'un homme sujet à cette faiblesse invétérée. Ce serait une bonne action d'en informer le More.
JAGO.—Moi! je ne le ferais pas pour cette belle île. J'aime infiniment Cassio, et je ferais beaucoup pour le guérir de ce vice.—Mais, écoutons; quel bruit!
(On entend des cris: Au secours, au secours!)
(Cassio rentre l'épée à la main, poursuivant Roderigo.)
CASSIO.—Impudent! lâche!