FERDINAND.—O que je vive toujours ici! Un père, une épouse, si rares, si merveilleux, font de ce lieu un paradis.

(Junon et Cérès se parlent bas, et envoient Iris faire un message.)

PROSPERO.—Silence, mon fils: Junon et Cérès s'entretiennent sérieusement tout bas. Il reste quelque autre chose à faire. Chut! pas une syllabe, ou notre charme est rompu.

IRIS.—Vous qu'on appelle naïades, nymphes des ruisseaux sinueux, avec vos couronnes de jonc et vos regards toujours innocents, quittez l'onde ridée, et venez sur ce gazon vert obéir au signal qui vous appelle: Junon l'ordonne. Hâtez-vous, chastes nymphes; aidez-nous à célébrer une alliance de vrai amour: ne vous faites pas attendre.

(Entrent des nymphes.)

Et vous, moissonneurs armés de faucilles, brûlés du soleil et fatigués d'août, quittez vos sillons, et livrez-vous à la joie. Chômez ce jour de fête; couvrez-vous de vos chapeaux de paille de seigle, et que chacun de vous se joigne à l'une de ces fraîches nymphes dans une danse rustique.

(Entrent des moissonneurs dans le costume de leur état; ils se joignent aux nymphes et forment une danse gracieuse vers la fin de laquelle Prospero tressaille tout à coup et prononce les mots suivants; après quoi les esprits disparaissent lentement avec un bruit étrange, sourd et confus.)

PROSPERO.—J'avais oublié l'odieuse conspiration de cette brute de Caliban et de ses complices contre mes jours: l'instant où ils doivent exécuter leur complot est presque arrivé. (Aux esprits.) Fort bien.... Éloignez-vous. Rien de plus.

FERDINAND.—Voilà qui est étrange! Votre père est agité par quelque passion qui travaille violemment son âme.

MIRANDA.—Jamais jusqu'à ce jour je ne l'ai vu troublé d'une si violente colère.