PROSPERO.—Toi et les esprits que tu commandes, vous avez tous dignement rempli votre dernier emploi. J'ai besoin de vous encore pour un autre artifice du même genre. Pars, et amène ici, dans ce lieu, tout ce menu peuple des esprits sur lesquels je t'ai donné pouvoir. Anime-les à de rapides mouvements, car il faut que je fasse voir à ce jeune couple quelques-uns des prestiges de mon art. C'est ma promesse, et ils l'attendent de moi.
ARIEL.—Immédiatement?
PROSPERO.—Oui, dans un clin d'oeil.
ARIEL.—Vous n'aurez pas dit va et reviens, et respiré deux fois et crié allons, allons, que chacun, accourant à pas légers sur la pointe du pied, sera devant vous avec sa moue et ses grimaces. M'aimez-vous, mon maître? non?
PROSPERO.—Tendrement, mon joli Ariel. N'approche pas que tu ne m'entendes appeler.
ARIEL.—Oui, je comprends.
(Il sort.)
PROSPERO, à Ferdinand.—Songe à tenir ta parole; ne donne pas trop de liberté à tes caresses: lorsque le sang est enflammé, les serments les plus forts ne sont plus que de la paille. Sois plus retenu, ou autrement bonsoir à votre promesse.
FERDINAND.—Je la garantis, seigneur. Le froid virginal de la blanche neige qui repose sur mon coeur amortit l'ardeur de mes sens16.
Note 16:
Of my liver, de mes reins.