GONZALO.—Une musique d'une douceur merveilleuse.
ALONZO.—Ciel! ne nous livrez qu'à des puissances favorables. Quels étaient ces gens-là?
SÉBASTIEN.—Des marionnettes vivantes. Maintenant je croirai qu'il existe des licornes, qu'il est dans l'Arabie un arbre servant de trône au phénix, et qu'un phénix y règne encore aujourd'hui.
ANTONIO.—Je crois à tout cela; et, si l'on refuse d'ajouter foi à quelque autre chose, je jurerai qu'elle est vraie. Jamais les voyageurs n'ont menti, quoique dans leurs pays les idiots les condamnent.
GONZALO.—Voudrait-on me croire si je racontais ceci à Naples? Si je leur disais que j'ai vu des insulaires ainsi faits, car certainement c'est là le peuple de cette île; et, qu'avec des formes monstrueuses, ils ont, remarquez bien ceci, des moeurs plus douces que vous n'en trouveriez chez beaucoup d'hommes de notre temps, je dirais presque chez aucun?
PROSPERO, à part.—Honnête seigneur, tu as dit le mot; car quelques-uns de vous ici présents êtes pires que des démons.
ALONZO.—Je ne me lasse point de songer à leurs formes étranges, à leurs gestes, à ces sons qui, bien qu'il y manque l'assistance de la parole, expriment pourtant dans leur langage muet d'excellentes choses.
PROSPERO, à part.—Ne louez pas avant le départ.
FRANCISCO.—Ils se sont étrangement évanouis.
SÉBASTIEN.—Qu'importe! puisqu'ils ont laissé les munitions, car nous avons faim.—Vous plairait-il de goûter de ceci?