LE BOSSEMAN.—Restez en bas, je vous prie.

ANTONIO.—Bosseman, où est le maître?

LE BOSSEMAN.—Ne l'entendez-vous pas? Vous troublez la manoeuvre. Restez dans vos cabines, vous aidez la tempête.

GONZALO.—Voyons, mon cher, un peu de patience.

LE BOSSEMAN.—Quand la mer en aura. Hors d'ici!—Les vagues se soucient bien de la qualité de roi. En bas! Silence! laissez-nous tranquilles.

GONZALO.—Fort bien! cependant n'oublie pas qui tu as à bord.

LE BOSSEMAN.—Personne qui me soit plus cher que moi-même. Vous êtes un conseiller: si vous pouvez imposer silence à ces éléments, et rétablir le calme à l'instant, nous ne remuerons plus un seul cordage; usez de votre autorité. Si vous ne le pouvez, rendez grâces d'avoir vécu si longtemps, et allez dans votre cabine vous préparer aux mauvaises chances du moment, s'il faut en passer par là.—Courage, mes enfants!—Hors de mon chemin, vous dis-je.

GONZALO.—Ce drôle me rassure singulièrement. Il n'a rien d'un homme destiné à se noyer; tout son air est celui d'un gibier de potence. Bon Destin, tiens ferme pour la potence, et que la corde qui lui est réservée nous serve de câble, car le nôtre ne nous est pas bon à grand' chose. S'il n'est pas né pour être pendu, notre sort est pitoyable.

(Ils sortent.)

(Rentre le bosseman.)