FERDINAND.—Pourquoi pleurez-vous?
MIRANDA.—A cause de mon peu de mérite, qui n'ose offrir ce que je désire donner, et qui ose encore moins accepter ce dont la privation me ferait mourir. Mais ce sont là des niaiseries; et plus mon amour cherche à se cacher, plus il s'accroît et devient apparent. Loin de moi, timides artifices; inspire-moi, franche et sainte innocence: je suis votre femme si vous voulez m'épouser; sinon je mourrai fille et le coeur à vous. Vous pouvez me refuser pour compagne; mais, que vous le vouliez ou non, je serai votre servante.
FERDINAND.—Ma maîtresse, ma bien-aimée; et moi toujours ainsi à vos pieds.
MIRANDA.—Vous serez donc mon mari?
FERDINAND.—Oui, et d'un coeur aussi désireux que l'esclave l'est de la liberté. Voilà ma main.
MIRANDA.—Et voilà la mienne, et dedans est mon coeur. Maintenant adieu, pour une demi-heure.
FERDINAND.—Dites mille! mille!
(Ferdinand et Miranda sortent.)
PROSPERO.—Je ne puis être heureux de ce qui se passe autant qu'eux qui sont surpris du même coup; mais il n'est rien qui pût me donner plus de joie. Je retourne à mon livre, car il faut qu'avant l'heure du souper j'aie fait encore bien des choses pour l'accomplissement de ceci.
(Il sort.)