MIRANDA.—C'est un misérable, seigneur; je n'aime pas à le regarder.

PROSPERO.—Mais, tel qu'il est, nous ne pouvons nous en passer. C'est lui qui fait notre feu, qui nous porte du bois: il nous rend des services utiles.—Holà, ho! esclave! Caliban, masse de terre, entends-tu! parle.

CALIBAN, en dedans.—Il y a assez de bois ici.

PROSPERO.—Sors, te dis-je. Tu as autre chose à faire. Allons, viens, tortue; viendras-tu! (Entre Ariel sous la figure d'une nymphe des eaux.)—Jolie apparition, mon gracieux Ariel, écoute un mot à l'oreille. (Il lui parle bas.)

ARIEL.—Mon maître, cela sera fait.

(Il sort.)

PROSPERO.—Toi, esclave venimeux, que le démon lui-même a engendré à ta mère maudite, viens ici.

(Entre Caliban.)

CALIBAN.—Tombe sur vous deux le serein le plus maudit, que ma mère ait jamais ramassé avec la plume d'un corbeau sur un marais pestilentiel! Que le vent du sud-ouest souffle sur vous et vous couvre d'ampoules!

PROSPERO.—Ce souhait te vaudra cette nuit des crampes, des élancements dans les flancs qui te couperont la respiration; les lutins, pendant tout ce temps de nuit profonde où il leur est permis d'agir, s'exerceront sur toi. Tu seras pincé aussi serré que le sont les cellules de la ruche, et chaque pincement sera aussi piquant que l'abeille qui les a faites.