BRUTUS.—Est-il encore au monde deux Romains semblables à ceux-là? Toi le dernier de tous les Romains, adieu, repose en paix: il est impossible que jamais Rome enfante ton égal.—Amis, je dois plus de larmes à cet homme mort que vous ne me verrez lui en donner.—J'en trouverai le temps, Cassius, j'en trouverai le temps!—Venez donc, et faites porter ce corps à Thasos. Ses obsèques ne se feront point dans notre camp; elles pourraient nous abattre.—Suivez-moi, Lucilius; venez aussi, jeune Caton: retournons au champ de bataille. Labéon, Flavius, faites avancer nos lignes. La troisième heure finit: avant la nuit, Romains, nous tenterons encore la fortune dans un nouveau combat[49].

(Ils sortent.)

Note 49:[ (retour) ] Ce ne fut pas le même jour, mais trois semaines après, que Brutus donna la seconde bataille dans ces mêmes plaines de Philippes où les deux armées demeurèrent tout ce temps en présence.

SCÈNE IV

Une autre partie du champ de bataille.

UNE MÊLÉE—Entrent en combattant des soldats des deux armées; puis BRUTUS, CATON, LUCILIUS, et plusieurs autres.

BRUTUS.—Encore, compatriotes! oh! tenez encore un moment.

CATON.—Quel bâtard le refusera? Qui veut me suivre? Je veux proclamer mon nom dans tout le champ de bataille.—Je suis le fils de Marcus Caton, l'ennemi des tyrans, l'ami de ma patrie. Soldats, je suis le fils de Marcus Gaton.

(Il charge l'ennemi.)

BRUTUS.—Et moi je suis Brutus, Marcus Brutus, l'ami de mon pays: connaissez-moi pour Brutus.