BRUTUS.—Je reçois son salut avec plaisir. Pindarus, votre maître, soit par son propre changement, soit par la faute de ses subordonnés, m'a donné quelques sujets de souhaiter que des choses faites ne le fussent pas. Mais puisqu'il arrive, il me satisfera lui-même.
PINDARUS.—Je ne doute point que mon noble maître ne se montre tel qu'il est, plein d'égards et de considération pour vous.
BRUTUS.—Je n'en fais aucun doute.—Lucilius, un mot. Je voudrais savoir comment il vous a reçu. Éclairez-moi à ce sujet.
LUCILIUS.—Avec civilité et assez d'égards, mais non pas avec cet air de familiarité, avec ce ton de conversation franche et amicale qui lui étaient ordinaires autrefois.
BRUTUS.—Tu viens de peindre un ami chaud qui se refroidit. Remarque, Lucilius, que toujours l'amitié, quand elle commence à s'affaiblir et à décliner, a recours à un redoublement de politesses cérémonieuses. Il n'y a point d'art dans la franche et simple bonne foi; mais les hommes doubles, semblables à des chevaux ardents à la main, se montrent si vigoureux, qu'à les voir on doit tout attendre de leur courage; puis au moment où il faudrait savoir supporter l'éperon sanglant, ils laissent tomber leur tête, et, comme une bête usée qui n'a que l'apparence, ils succombent dans l'épreuve.—Vient-il avec toutes ses troupes?
LUCILIUS.—Elles comptent prendre cette nuit leurs quartiers dans Sardes. Le gros de l'armée, la cavalerie entière, arrivent avec Cassius.
(Une marche derrière le théâtre.)
BRUTUS.—Écoutons, il approche. Marchons sans bruit à sa rencontre.
(Entrent Cassius et des soldats.)
CASSIUS.—Holà, halte!