ARTÉMIDORE entre, lisant un papier.
ARTÉMIDORE.—«César, défie-toi de Brutus; prends garde à Cassius; n'approche point de Casca; aie l'oeil sur Cinna; ne te fie point à Trébonius; observe bien Métellus Cimber. Décius Brutus ne t'aime point; tu as offensé Caïus Ligarius. Tous ces hommes sont animés d'un même esprit contre César. Si tu n'es pas immortel, prends garde à toi, la sécurité laisse le champ libre à la conspiration. Que les puissants dieux te défendent!
«Ton ami ARTÉMIDORE.»
Je veux attendre ici que César passe; alors je lui présenterai ceci comme une supplique. Mon coeur déplore que la vertu ne puisse vivre hors de la portée des dents de l'envie. Si tu lis cette note, ô César, tu peux vivre; sinon, les destins conspirent avec les traîtres.
SCÈNE V
Toujours à Rome.—Une autre partie de la même rue, devant la maison de Brutus.
Entrent PORCIA ET LUCIUS.
PORCIA.—Je t'en prie, mon garçon, cours au sénat. Ne t'arrête point à me répondre, mais pars sur-le-champ. Pourquoi restes-tu là?
LUCIUS.—Pour savoir quel est mon message, madame.
PORCIA.—Je voudrais que tu fusses déjà arrivé au sénat, et revenu avant que j'eusse pu te dire ce que tu as à faire.—O constance! tiens-toi ferme à mes côtés; place une énorme montagne entre mon coeur et ma langue: j'ai l'âme d'un homme, mais je n'ai que la force d'une femme. Qu'il est difficile aux femmes de se soumettre à la prudence!—Quoi! te voilà encore!