NORFOLK.--L'événement vient d'éclore; car la France a rompu le traité: elle a saisi nos marchandises à Bordeaux.
ABERGAVENNY.--Est-ce donc pour cela qu'on a refusé de recevoir l'ambassadeur?
NORFOLK.--Oui, sans doute.
ABERGAVENNY.--Vraiment une belle paix de nom! Et à quel prix ruineux l'avons-nous achetée!
BUCKINGHAM.--Voilà pourtant l'ouvrage de notre vénérable cardinal!
NORFOLK.--N'en déplaise à Votre Grâce, on remarque à la cour le différend particulier qui s'est élevé entre vous et le cardinal. Je vous donne un conseil, et prenez-le comme venant d'un coeur à qui votre honneur et votre sûreté sont infiniment chers; c'est de considérer tout ensemble la méchanceté et le pouvoir du cardinal, et de bien songer ensuite que lorsque sa profonde haine voudra venir à bout de quelque chose, son pouvoir ne lui fera pas défaut. Vous connaissez son caractère, combien il est vindicatif; et je sais, moi, que son épée est tranchante: elle est longue, et on peut dire qu'elle atteint de loin; et où elle ne peut atteindre, il la lance. Enfermez mon conseil dans votre coeur; vous le trouverez salutaire.--Tenez, vous voyez approcher l'écueil que je vous avertis d'éviter.
(Entrent le cardinal Wolsey, la bourse portée devant lui, quelques gardes et deux secrétaires tenant des papiers. Le cardinal et Buckingham fixent en passant leurs regards l'un sur l'autre d'un air plein de mépris.)
WOLSEY.--L'intendant du duc de Buckingham? Ah! où est sa déposition?
LE SECRÉTAIRE.--La voici, avec votre permission.
WOLSEY.--Est-il prêt à la soutenir en personne?