ANNE.--Non, non, pour tous les trésors qui sont sous le ciel.
LA VIEILLE DAME.--Cela est étrange: pour moi, toute vieille que je suis, une pièce de trois sous qui viendrait me faire la révérence suffirait pour me gagner à partager la royauté. Mais dites-moi, je vous prie, et celui de duchesse, qu'en pensez-vous? Êtes-vous de force à porter le poids d'un pareil titre?
ANNE.--Non, en vérité.
LA VIEILLE DAME.--En ce cas, vous êtes d'une constitution bien faible. Retranchons encore quelque chose: pour plus que je n'oserais dire, je ne voudrais pas, si j'étais un jeune comte, me trouver dans votre chemin.--Pour ce fardeau, si vous n'avez pas les reins assez forts pour le porter, vous serez trop faible aussi pour faire jamais un garçon.
ANNE.--Que venez-vous donc me conter là! Je jure une seconde fois que je ne voudrais pas être reine pour le monde entier.
LA VIEILLE DAME.--En vérité, seulement pour la petite île d'Angleterre, vous devriez risquer le paquet; moi je le ferais pour le comté de Carnarvon; oui, quand ce serait la seule dépendance de la couronne. Tenez! qui vient à nous?
(Entre le lord chambellan.)
LE CHAMBELLAN.--Bonjour, mesdames: qu'est-ce qu'il en coûterait pour savoir le secret de votre entretien?
ANNE.--Pas même la peine de le demander, mon bon lord; cela ne vaut pas la question. Nous nous affligions des chagrins de notre maîtresse.
LE CHAMBELLAN.--C'était une généreuse occupation, et bien digne de femmes qui ont un bon coeur. Il faut espérer que tout ira bien.