SECOND BOURGEOIS.--J'en suis affligé.

PREMIER BOURGEOIS.--Il y en a bien d'autres que vous.

SECOND BOURGEOIS.--Mais, de grâce, comment cela s'est-il passé?

PREMIER BOURGEOIS.--Je vais vous le dire en peu de mots. Le noble duc est venu à la barre; là, contre toutes les accusations, il a constamment plaidé, non coupable [6], et il a allégué plusieurs raisons, des plus fortes, pour échapper à la loi. L'avocat du roi a mis en avant les interrogatoires, les preuves et les dépositions de plusieurs témoins; le duc a demandé d'être confronté à ces témoins, vivâ voce, sur quoi on a produit contre lui son intendant, sir Gilbert Peck, son chancelier, John de la Cour, son confesseur, avec cet infernal moine Hopkins, qui a fait tout le mal.

Note 6:[ (retour) ] C'est le terme de la loi: l'accusé plaide guilty, ou not guilty.

SECOND CITOYEN.--Était-ce le moine qui nourrissait son imagination de ses prophéties?

PREMIER BOURGEOIS.--Lui-même. Tous ces témoins l'ont fortement chargé; il a fait ses efforts pour récuser leur témoignage; mais cela ne lui a pas été possible; en sorte que les pairs, sur ces preuves, l'ont déclaré convaincu de haute trahison; il a parlé longtemps et savamment pour défendre sa vie; mais tout cela n'a produit que de la pitié pour lui, ou n'a pas été écouté.

SECOND BOURGEOIS.--Et ensuite, comment s'est-il comporté?

PREMIER BOURGEOIS.--Lorsqu'on l'a reconduit une seconde fois à la barre pour entendre le son de la cloche de mort, son jugement, il a été saisi d'une telle angoisse qu'on l'a vu couvert de sueur, et il a prononcé, d'un ton de colère et avec précipitation, quelques paroles assez peu intelligibles.--Mais bientôt il s'est remis et a montré, le reste du temps, de la douceur et la plus noble patience.

SECOND BOURGEOIS.--Je ne crois pas qu'il ait peur de la mort.