LE ROI HENRI.--Laissez-le parler.--Allons, continue.

L'INTENDANT.--Sur mon âme, je ne dirai que la vérité. Je fis observer alors à milord duc que le moine pouvait être déçu par les illusions du diable, et qu'il était dangereux pour lui de s'arrêter à ruminer sur ces idées avec assez d'application pour qu'il en sortit quelque projet qu'il finirait par croire possible, et qu'alors vraisemblablement il voudrait exécuter. «Bah! me répondit-il, il n'en peut résulter aucun mal pour moi;» ajoutant encore que, si le roi eût succombé dans sa dernière maladie, les têtes du cardinal et de sir Thomas Lovel auraient sauté.

LE ROI HENRI.--Eh, quoi! si haineux? Oh, oh! cet homme est dangereux.--Sais-tu quelque chose de plus?

L'INTENDANT.--Oui, mon souverain.

LE ROI HENRI.--Poursuis.

L'INTENDANT.--Étant à Greenwich, lorsque Votre Majesté eut réprimandé le duc à l'occasion de sir William Bloomer...

LE ROI HENRI.--Je me souviens de cela.--C'était un homme qui s'était engagé à mon service, et le duc le retint pour lui.--Mais voyons: eh bien! après?

L'INTENDANT.--«Si, dit-il, on m'avait arrêté pour cela, et qu'on m'eût envoyé, par exemple, à la Tour, je crois que j'aurais exécuté le rôle que mon père méditait de jouer sur l'usurpateur Richard. Mon père, étant à Salisbury, tâcha d'obtenir qu'il lui fût permis de paraître en sa présence: si Richard y eût consenti, mon père, au moment où il aurait feint de lui rendre hommage, lui aurait enfoncé son poignard dans le coeur.»

LE ROI HENRI.--Traître démesuré!

WOLSEY.--Eh bien, madame, Sa Majesté peut-elle vivre tranquille tant que cet homme sera libre?