FLUELLEN.--Tenez, capitaine Gower, je vous dirai bien une chose, c'est que je m'aperçois bien qu'il n'est pas tout ce qu'il voudrait bien faire accroire au monde qu'il est. A la première occasion que je pourrai trouver le moindre trou dans son pourpoint, je lui ferai sentir ma façon de penser.--Écoutez; voilà le roi qui vient: il faut que je lui parle sur ce qui se passe au pont. (Entrent le roi, Glocester, des soldats.) Dieu bénisse Votre Majesté!

LE ROI.--Eh bien, Fluellen, venez-vous du pont?

FLUELLEN.--Moi! Oui, sous le bon plaisir de Votre Majesté. Le duc d'Exeter a très-galamment conservé le pont. Les Français se sont retirés, voyez-vous, et il y a de beaux et libres passages à présent. Par sainte Marie, l'adversaire aurait eu la possession du pont; mais il a été forcé de se retirer, et le duc d'Exeter est le maître du pont. Ah! je peux bien assurer Votre Majesté que c'est un brave homme que ce duc.

LE ROI.--Combien avez-vous perdu de monde, Fluellen?

FLUELLEN.--La perdition de l'adversaire a été très-grande, fort raisonnablement grande. Sainte Marie! pour moi, je pense que le duc n'a pas perdu un seul homme, sinon un qui a bien l'air d'être pendu pour avoir volé une église, un certain Bardolph.... Si Votre Majesté sait qui c'est; c'est un homme qui a le visage bourgeonné et tout couvert de boutons, et comme une flamme ardente, et dont les lèvres étoupent le nez, et sont comme un charbon de feu, tantôt bleues et tantôt rouges; mais son nez est expédié à présent, et son feu est éteint; ainsi n'en parlons plus.

LE ROI.--Je voudrais nous voir défaits ainsi de tous les pillards de son espèce.--Et nous enjoignons expressément que, dans notre marche au travers des campagnes, on n'enlève rien des villages par violence, qu'on ne prenne rien sans le payer, qu'on n'insulte pas le dernier des Français d'aucune parole de mépris ou de reproche. Quand la douceur et la cruauté jouent à qui aura un royaume, c'est le joueur le plus doux qui gagne.

(On entend la trompette du héraut.)

(Montjoie s'avance.)

MONTJOIE.--Vous me reconnaissez à mon habillement [24]?

Note 24:[ (retour) ] Le costume du roi d'armes, appelé Montjoie, est décrit dans nos anciens chroniqueurs.