HAMLET.—Non, par la sainte croix, non, vraiment! Vous êtes la reine, la femme du frère de votre mari.... et... plût au ciel que cela ne fût pas!... vous êtes ma mère.
LA REINE.—Eh bien! je vais vous adresser des gens qui sauront vous parler.
HAMLET.—Allons, allons, asseyez-vous; vous ne bougerez pas; ne sortez pas que je ne vous aie présenté un miroir, où vous pourrez voir le plus intime fond de vous-même.
L'A REINE.—Que veux-tu faire? tu ne veux pas m'assassiner? Au secours! au secours! Holà!
POLONIUS (derrière la tapisserie),—Qu'y a-t-il? Holà! au secours!
HAMLET.—Qu'est-ce donc? un rat![28] (Il donne un coup d'épèe à travers la tapisserie.) Mort! un ducat qu'il est mort!
Note 28:[ (retour) ] Le traducteur anglais des Histoires tragiques de Belleforest avait ajouté au récit ce cri de Hamlet, qui était ainsi devenu une donnée du sujet, et que Shakspeare ne pouvait se dispenser de reproduire; mais comme il en a préparé l'explication et l'effet! À la fin du premier acte, Hamlet a dit que la pièce était le piège où se prendrait la conscience du roi. Pendant la représentation, il dit au roi que la pièce s'appelle: la Souricière. De sorte que ce cri, qui est pour la reine un trait de folie, nous dit tout de suite que Hamlet croit tuer en embuscade le roi qu'il n'a pas voulu tuer à genoux. C'est ainsi que Molière, dans le Festin de Pierre, conservait toutes les circonstances qui avaient frappé l'attention du public et qui venaient d'être consacrées par la vogue des pièces jouées sur le même sujet aux autres théâtres.
POLONIUS (derrière la tapisserie).—Ah! je suis assassiné!
(Il tombe et meurt.)
LA REINE.—Malheur à moi! Qu'as-tu fait?