— Tristes choses que ces sabots et ces bassinoires, reprit la jeune dame qui se plaisait à augmenter sa rage. Mais ce qui doit du moins vous dédommager, c'est que vous semblez n'avoir pas besoin de bassinoire en ce moment, M. Jobson. J'ai peur que Gaffer Rutledge ne s'en soit pas tenu à de dures paroles. Êtes-vous bien sûr qu'il ne vous a pas battu?
— Me battre, madame! reprit-il avec vivacité; non, non, jamais homme vivant ne me battra, je vous promets, madame.
— C'est selon comme vous le mériterez, monsieur; car vous vous permettez de parlez d'une manière si inconvenante à miss Vernon, lui dis-je en l'interrompant, que si vous ne changez pas de ton, je pourrai bien vous châtier moi-même.
— Me châtier, monsieur!… Moi, monsieur! savez-vous bien à qui vous parlez?
— Oui, monsieur, fort bien. Vous dites que vous êtes clerc de la justice de paix; Gaffer Rutledge dit que vous êtes un chicaneur, et je ne vois rien dans tout cela qui vous autorise à être impertinent à l'égard d'une dame.
Miss Vernon mit la main sur mon bras et s'écria:
— Non, M. Frank, je ne souffrirai pas que vous maltraitiez M. Jobson. Il ne m'inspire pas assez de charité pour vous permettre de le toucher seulement du bout de votre fouet. Comment! je suis sûre qu'il vivrait là-dessus au moins pendant trois mois. D'ailleurs vous avez déjà blessé suffisamment sa sensibilité; vous l'avez appelé impertinent.
— Je m'inquiète peu de ce qu'il dit, miss, reprit le clerc d'un ton un peu moins insolent; impertinent n'est pas un mot qui puisse donner matière à procès; mais chicaneur est un terme hautement injurieux, Gaffer Rutledge l'apprendra à ses dépens, lui et tous ceux qui le répèteront malheureusement pour troubler la paix publique et m'enlever ma bonne réputation.
— Que dites-vous donc là, M. Jobson? reprit Diana; ne savez-vous pas qu'où il n'y a rien, le roi lui-même perd ses droits? Et quant à votre réputation, si quelqu'un veut vous l'enlever, laissez-le faire: ce sera une triste acquisition pour lui; je vous féliciterai d'en être débarrassé.
— Très bien, madame… Bonsoir, madame… Il y a des lois contre les papistes, voilà tout, et tout irait bien mieux si elles étaient strictement exécutées. Par le trente-quatrième statut d'Edouard VI, il y a des peines décrétées contre toute personne qui possèderait des antiphoniels, des missels, des graduels, des manuels, des légendes, des livres de messe et autres objets défendus; il y a des peines contre les papistes qui refusent de prêter serment… Il y en a contre ceux qui entendent la messe. Voyez le trente-troisième statut de la reine Élisabeth, et le troisième du roi Jacques. Tout catholique doit, en payant double taxe, faire enregistrer…