Quelquefois Rob-Roy éprouvait des désastres et courait de grands dangers personnels. Dans une circonstance remarquable, il fut sauvé par le sang-froid de son lieutenant, Macanaleister, ou Fletcher, le _Little-John _de sa troupe, homme actif et qui jouissait d'une grande célébrité comme tireur. Il arriva que Mac- Gregor et sa bande furent surpris et dispersés par des forces supérieures; l'ordre avait été donné de «pourfendre et de renverser». Chacun veilla à son propre salut mais un hardi dragon s'attacha à Rob-Roy et l'ayant joint le frappa de sa large épée. Une plaque de fer que Mac-Gregor portait sous sa toque empêcha qu'il n'eût la tête fendue jusqu'à la mâchoire mais le coup fut assez fort pour le renverser par terre et il s'écria en tombant: «Ô Macanaleister, n'y a-t-il rien dans ton fusil?» Le soldat s'écria aussi au même instant: «Dieu me damne! ce n'est pas votre mère qui a tricoté votre bonnet de nuit.» Et il levait le bras pour frapper un second coup, lorsque Macanaleister fit feu. La balle lui perça le coeur.

Le portrait suivant de Rob-Roy est tracé par un homme de talent qui résidait dans le cercle de ces guerres de pillage et qui, en ayant probablement ressenti les effets, n'en parle pas avec cette indulgence que, vu leur caractère romantique, elles inspirent aujourd'hui.

«Cet homme (Rob-Roy Mac-Gregor) avait de la sagacité et ne manquait ni de politique ni d'adresse; s'étant abandonné à la licence, il se mit à la tête de tous les vagabonds et mauvais sujets de ce clan, vers l'extrémité occidentale de Perth et du Stirlingshire et ravagea toute l'étendue de ces contrées par ses vols et ses déprédations. Bien peu parmi ceux qui étaient à sa portée (c'est-à-dire à la distance d'une expédition nocturne) pouvaient se croire en sûreté, soit dans leurs personnes, soit dans leurs propriétés, s'ils ne lui payaient la taxe considérable et dégradante du black-mail (taxe des voleurs). Il agissait avec une telle audace qu'il commettait des vols, levait des contributions et soutenait des querelles à la tête d'un corps de troupes armées, en plein jour et à la face du gouvernement.

L'étendue et le succès de ces déprédations ne doivent pas paraître surprenants lorsqu'on songe qu'elles avaient pour théâtre un pays où les lois ne sont ni suivies ni respectées.

L'habitude générale de voler des bestiaux aveuglait jusqu'aux hommes des classes les plus élevées sur l'infamie de cette coutume et comme les propriétés consistaient principalement en troupeaux, ils devenaient de plus en plus rares. M. Graham ajoute:

«Par cette raison, il n'y a aucune culture, aucune amélioration du pâturage et, par la même cause, point de manufactures, enfin point de commerce, point d'industrie. Les femmes sont extrêmement fécondes, par conséquent la population nombreuse, et, dans l'état présent des choses, il n'y a pas dans ce pays de l'ouvrage pour la moitié des individus. Chaque village est rempli d'oisifs habitués aux armes et paresseux en tout, excepté lorsqu'il s'agit de dérober le bien d'autrui. Comme les _buddels _ou aquavitae houses (cabarets) se trouvent à chaque pas, ils passent leur temps dans ces maisons et très souvent ils y consomment les profits de leurs gains illicites. Là les lois n'ont jamais été exécutées ni l'autorité des magistrats établie, là l'officier civil n'ose point remplir ses devoirs et bien des villages sont à environ trente milles de l'autorité légale. Enfin il n'y existe ni ordre, ni autorité, ni gouvernement.

La rébellion de 1715 eut lieu peu de temps après que la célébrité de Rob-Roy se fut établie et dès lors ses opinions jacobites se trouvèrent en opposition avec la reconnaissance qu'il devait au duc d'Argyle pour sa protection indirecte. Le désir de mêler le bruit de ses pas au tumulte d'une guerre générale le porta à se joindre aux troupes du comte de Mar, quoique son protecteur fût à la tête d'une armée opposée aux insurgés des Hautes-Terres.

Les Mac-Gregors ou du moins un clan considérable d'entre eux et celui de Ciar-Mohr n'étaient pas, dans cette occasion, commandés par Rob-Roy, mais par son neveu dont nous avons déjà parlé, Gregor Mac-Gregor, autrement dit James Grahame de Glengyle et dont on se souvient mieux encore sous l'épithète gaélique de _Ghlune Dhu _ou Genou Noir, à cause d'une tache noire qui se trouvait sur un de ses genoux et que ses vêtements de montagnard laissaient voir. Il n'y a aucun doute que Glengyle, alors très jeune, n'ait, dans le plus grand nombre des cas, agi par les avis d'un chef aussi expérimenté que son oncle.

Les Mac-Gregors, assemblés en grand nombre, commencèrent à menacer les plaines vers l'extrémité la plus basse du loch Lomond. Ils s'emparèrent à l'improviste de tous les bateaux qui étaient sur le lac et, probablement pour quelque entreprise dans leur seul intérêt, les conduisirent par terre à Inversnaid, afin d'arrêter la marche d'un corps considérable de whigs des pays de l'ouest qui avaient pris les armes pour le gouvernement et se dirigeaient de ce côté.

Les whigs firent une excursion pour recouvrer leurs bateaux: leurs forces consistaient en volontaires de Paisley, Kilpatrick et autres lieux, qui, avec l'assistance d'un corps de matelots, remontèrent la rivière Leven dans de longs bateaux appartenant à un vaisseau de guerre alors à l'ancre dans la Clyde. À Luss, ils furent rejoints par sir Humphry Colquhoun et James Grant, son beau-fils, accompagnés de leur suite, revêtus de l'habit montagnard de l'époque, lequel est décrit d'une manière pittoresque. Les deux partis se rencontrèrent à Craig-Royston mais les Mac-Gregors n'offrirent point le combat. Si nous devons en croire les détails de l'expédition donnés par l'historien Rae, les whigs sautèrent à terre avec la plus grande intrépidité; aucun ennemi ne se présenta pour s'opposer à leur débarquement et par le bruit de leurs tambours qui résonnaient constamment, par la décharge de leur artillerie et autres armes à feu, ils terrifièrent les Mac-Gregors qui ne sortirent de leurs retraites que pour regagner en désordre le camp général des montagnards à Strath-Fillan. Les habitants des Basses-Terres rentrèrent donc en possession des bateaux à grands frais de bruit et de courage mais sans avoir couru de grands dangers.