— Maintenant, mon cher ami, dit le capitaine, entendons-nous bien. Vous venez d'avouer que vous êtes venu ici comme espion, et par conséquent vous méritez d'être pendu au premier arbre. Mais si vous voulez me rendre un service, je vous en rendrai un autre. J'ai deux mots à dire à votre chef pour une affaire sérieuse; conduisez-moi avec ma troupe à l'endroit où vous l'avez laissé, et alors je vous rendrai la liberté et vous donnerai cinq guinées par-dessus le marché.
— Oh! s'écria Dougal en se tordant les bras d'un air de détresse, je ne puis faire cela. J'aime mieux être pendu.
— Eh bien, vous le serez, mon cher ami. Que votre sang retombe sur votre tête! Caporal Cramp, soyez le grand prévôt du camp, et expédiez-moi ce coquin.
Le caporal s'était placé depuis quelques instants en face de Dougal, tenant en mains une corde qu'il avait trouvée dans un coin de la chambre et qu'il lui montrait avec affectation en y formant un noeud coulant. Dès que l'ordre fatal fut donné, il la lui jeta autour du cou, et à l'aide de deux soldats se mit en devoir de l'entraîner hors de la chambre.
Dougal, effrayé de voir la mort de si près, s'écria comme il se trouvait déjà sur le seuil de la porte: — Un moment, messieurs, un moment… Mais arrêtez donc! elle consent à faire ce que Son Honneur exige.
— Emmenez cette créature, s'écria le bailli, il mérite vingt fois d'être pendu! Emmenez-le donc, caporal! pourquoi ne l'emmenez-vous pas?
— Brave homme, répondit le caporal, c'est mon avis et mon opinion que si j'étais chargé de vous conduire à la potence, du diable si vous seriez si pressé!
Cet _aparté _m'empêcha de faire attention à ce qui se passa entre le capitaine et son prisonnier. Mais j'entendis alors celui-ci dire d'un ton tout à fait subjugué: — Et vous me laisserez aller dès que je vous aurai conduit où est Rob-Roy, sur votre conscience?
— Je vous en donne ma parole, vous serez libre à l'instant. Caporal, que la troupe se range en ordre de bataille. Et vous, messieurs, vous nous suivrez; j'ai besoin de tout mon monde, je ne puis laisser personne pour vous garder.
En un clin d'oeil la troupe fut sous les armes et prête à marcher. On nous emmena comme prisonniers avec Dougal. En sortant du cabaret, j'entendis notre nouveau compagnon de captivité rappeler au capitaine la promesse qu'il lui avait faite de lui donner cinq guinées.