— À présent, dit mon père, nous allons reprendre le sujet de ma lettre du mois dernier, à laquelle vous m'avez fait une réponse qui était aussi irréfléchie que peu satisfaisante; mais commencez par remplir votre verre, et passez la bouteille à Owen.
Le manque de courage, — d'audace, si vous voulez, ne fut jamais mon défaut. Je répondis fermement que j'étais fâché qu'il ne trouvât pas ma lettre satisfaisante, mais qu'elle était le fruit des réflexions les plus sérieuses; que j'avais médité à plusieurs reprises et envisagé sous ses différents points de vue la proposition qu'il avait eu la bonté de me faire, et que ce n'était pas sans peine qu'il m'était impossible de l'accepter.
Mon père fixa les yeux sur moi, et les détourna au même instant. Comme il ne répondait pas, je me crus obligé de continuer, quoique avec un peu d'hésitation, et il ne m'interrompit que par des monosyllabes.
— Je sais, monsieur, qu'il n'est point d'état plus utile et plus respectable que celui de négociant, point de carrière plus honorable que celle du commerce.
— En vérité!
— Le commerce réunit les nations; il entretient l'industrie; il répand ses bienfaits sur tout l'univers; il est au bien-être du monde civilisé ce que les relations journalières de la vie sont aux sociétés isolées, ou plutôt ce que l'air et la nourriture sont au corps.
— Eh bien, monsieur?
— Et cependant, monsieur, je me trouve forcé de persister dans mon refus d'embrasser une profession que je ne me sens pas capable d'exercer.
— J'aurai soin que vous le deveniez. Vous n'êtes plus l'hôte ni l'élève de Dubourg; Owen sera votre précepteur à l'avenir.
— Mais, mon cher père, ce n'est pas du défaut d'instruction que je me plains; c'est uniquement de mon incapacité. Jamais je ne pourrai profiter des leçons…