—Je ne sais trop si notre honneur nous permet d'accorder cette demande, d'Argenton.

—Je ne sais trop si le soin de votre sûreté vous permet de la refuser, Sire. Charles est déterminé à prouver aux Flamands qu'ils ne doivent compter ni sur les promesses, ni sur les secours de la France; et que, s'ils se révoltent, rien ne peut les mettre à l'abri du courroux et de la vengeance de la Bourgogne.

—Parlons franchement, d'Argenton; si nous pouvions faire traîner les choses en longueur, ces misérables Liégeois ne pourraient-ils pas se mettre en état de tenir bon contre le duc? Les coquins sont nombreux et entêtés. Ne pourraient-ils pas défendre leur ville contre lui?

—Ils auraient pu faire quelque chose avec les mille archers français que Votre Majesté leur a promis; mais...

—Que je leur ai promis! Hélas! mon bon sire Philippe, vous me faites tort par une telle supposition.

—Mais, ne vous en mêlant pas, continua d'Argenton sans faire attention à cette interruption, et attendu que maintenant Votre Majesté ne jugera probablement pas à propos de les secourir, comment des bourgeois peuvent-ils espérer de défendre une ville aux murs de laquelle les larges brèches faites par ordre de Charles, après la bataille de Saint-Tron, sont encore si peu réparées, que les lanciers du Hainaut, du Brabant et de la Bourgogne peuvent se présenter à l'attaque sur vingt hommes de front.

—Imprudens, idiots! S'ils ont ainsi négligé eux-mêmes leur sûreté, ils ne méritent pas ma protection. Je ne me ferai pas de querelle pour eux. Continuez.

—Je crains que le point suivant ne touche de plus près Votre Majesté.

—Ah! s'écria le roi, vous voulez parler de cet infernal mariage. Jamais je ne consentirai à rompre le contrat qui lie mon cousin d'Orléans à ma fille Jeanne. Ce serait arracher le sceptre de la France à ma postérité, car le dauphin a une santé bien faible; c'est un bouton flétri qui ne portera aucun fruit. Ce mariage entre Jeanne et d'Orléans a occupé mes pensées pendant le jour, mes rêves pendant la nuit. Je vous dis, d'Argenton, que je ne puis y consentir. D'ailleurs, c'est une barbarie que d'exiger de moi que je détruise de mes propres mains, et d'un seul coup, le plan de politique auquel je tiens le plus, et le bonheur d'un jeune couple élevé dès l'enfance l'un pour l'autre.

—Leur attachement est donc bien fort? demanda d'Argenton.