Le roman, je ne sais le considérer au pouvoir des maîtres ayant apporté à sa forme un changement si beau (quand il s'agissait naguère d'en fixer l'esthétique), sans admirer qu'à lui seul il débarrasse l'art, d'abord sur la scène, de l'instrusion du moderne personnage, désastreux et nul comme se gardant d'agir plus que de tout.

Quoi! le parfait écrit récuse jusqu'à la moindre allusion à une aventure, pour se complaire dans son évocation chaste, sur le tain de souvenirs, comme l'est cette extraordinaire Chérie, d'une figure, à la fois éternel fantôme et la vie! c'est qu'il ne se passe rien d'immédiat et d'en dehors dans un présent qui joue à l'effacé pour couvrir de plus hybrides dessous. Si notre extérieure agitation choque, en l'écran de feuillets imprimés, à plus forte raison sur les planches, matérialité dressée dans une obstruction gratuite. Oui, le Livre ou cette monographie qu'il devient d'un type (superposition des pages comme un coffret, défendant contre le brutal espace une délicatesse reployée infinie et intime de l'être en soi-même) suffit avec maints procédés si neufs analogues en raréfaction à ce qu'a de subtil la vie. Par une mentale opération et point d'autre, lecteur je m'adonne à abstraire telle physionomie, sans ce déplaisir d'un visage exact penché, hors la rampe, sur ma source ou âme. Les traits réduits à des mots, un maintien le cédant à quelque identique disposition de phrase, tout ce pur résultat atteint pour ma noble délectation, s'effarouche de la réalité d'une interprète, qu'il sied d'aller voir en tant que public, à l'Odéon, si l'on n'aime rouvrir, comme moi, chaque hiver, un des plus exquis et poignants ouvrages de MM. de Goncourt, RENÉE MAUPERIN, car vous devinez, quoique traîne et recule au plus loin de la cadence ordinaire une conclusion relative à l'un des princes des lettres contemporaines, tout cet artifice dilatoire de respect vise la si intéressante, habile et quasi originale adaptation qu'a faite du chef-d'oeuvre, une tolérance amicale l'y invitant, M. Céard. Au manque de goût aisé de chuchoter des vérités que mieux trompette l'oeuvre éclatant du romancier, cette atténuation: je réclame, pas selon une vue théâtrale à moi, pour l'intégrité du génie littéraire, à cause simplement du milieu peut-être plus grossier encore, s'il le restitue, même scéniquement, à l'existence, après l'en avoir tiré par le fait des procédés délicieux, fuyants, de l'analyse.

Et… et… je parle d'après quelque perception aussi qu'a de l'atmosphère un poëte transposé même dans le monde, répondez, si demeure un rapport satisfaisant ou quelconque entre la façon d'exister et de dire forcément soulignée des comédiens en exercice, et le caractère tout d'insaisissable finesse de la vie. Conventions! et vous implanterez, au théâtre, avec plus de vraisemblance les paradis, qu'un salon.

M. Daudet entreprend lui-même sa tâche, je crois sans préconception mais en consultant à mesure que se fait l'éveil de textes à la scène, ses dons, pour servir à tel effet ou le nier, dans le sens apparu et selon pas d'esthétique que la loi de son impeccable tact. Toujours avec lui, surveillant cette opération en critique détaché a-t-on chance de saisir, fortuitement, sur le fait, des résultats certains. Art qui inquiète et séduit comme ce que je perçois vrai derrière mon incompétence car s'établit une ambiguïté entre l'écrit et le joué, des deux aucun, elle verse, le volume presque omis, l'impression qu'on n'est pas tout à fait devant la rampe. Si je détaillais le charme, voici: sans le nécessaire talisman de la page (présent perfide d'humble aspect qui cache mon asservissement à la pensée d'autrui, plus! à son écriture) on ne se croit, d'autre part, le captif du vieil enchantement redoré d'une salle, ce spectacle comportant je ne sais quoi de direct ou encore cette qualité de provenir de nous à la façon d'une libre vision spirituelle. Ainsi l'acteur n'y scande point sur les planches son pas appuyé à la ritournelle dramatique mais se meut dans un milieu simple et le silence, ici comme au figuré, de tapis sur le sonore tremplin rudimentaire de la marche et du bond: il n'y a, tel détail ou un autre, jusqu'à cet enguirlandement de comparses en la farandole, lequel ne prenne une grâce de mentale fresque. Morcellement surtout de ce qu'il faudrait, en contradiction avec une formule célèbre, appeler la scène à ne pas faire du moins dans la modernité où personne ne choie qu'une préoccupation, pendant ses heures de la nuit et du jour, rayant tous les codes passés, «ne jamais rien accomplir ou proférer qui puisse exactement se copier au théâtre». Le choc d'âme sans que s'y abandonne le héros comme il le peut dans le seul poème, a lieu par brefs moyens, un cri, ce sursaut la minute d'y faire allusion, avec une légèreté de touche autant que la clairvoyance d'un artiste qui a exceptionnellement dans le regard notre monde. Ce faire si curieux et qui apparaît à l'état de résultante comme virtuelle d'une tentative, la plus haute d'à présent, ne se dément pas au long de la pièce: il éclate intense et significatif, à suspendre même l'afflux des bravos avant la chute du rideau et fournît ce tableau à demi dans la plastique du théâtre mais déjà aussi dans l'optique pure, d'une chambre avec tous les éléments famiiliaux de la vie, on y va mourir bientôt, on y vient presque de naître, plus poignant que des fiançailles aussi un rapprochement conjugal s'y noua, or tout est vain et ne garde d'intérêt que pour le spectateur.. à travers la croisée, impersonnel comme l'être vu de dos et repris par sa folie du dehors et de bruit, s'agite dans quelque harangue, au balcon, inentendue qu'importé, il parle! gesticule et continue sa fatalité, NUMA ROUMESTAN: c'est, à l'esprit, dans un au-delà de vitrage et son cadre, jusqu'à l'instant suprême différée la totale apparition de l'incorrigible, elle conclut en même temps que se perd en le futur.

Nouveaux, concis, lumineux traits, que le Livre dût-il y perdre, enseigne à un théâtre borné.

L'intention, quand on y pense, gisant aux sommaires plis de la tragédie française ne fut pas l'antiquité ranimée dans sa cendre blanche mais de produire en un milieu nul ou à peu près les grandes poses humaines et comme notre plastique morale.

Statuaire égale à l'interne opération par exemple de Descartes et si le tréteau significatif d'alors avec l'unité de personnage, n'en profita, joignant les planches et la philosophie, il faut accuser le goût notoirement érudit d'une époque retenue d'inventer malgré sa nature prête, dissertatrice et neutre, à vivifier le type abstrait. Une page à ces grécisants, ou même latine, servait, dans le décalque. La figure d'élan idéal ne dépouilla pas l'obsession scolaire ni les modes du siècle.

Seul l'instinctif jet survit, qui a dressé une belle musculature de fantômes.

Si je précise le dessin contraire ou pareil de cet homme de vue si simple M. Zola acceptant la modernité pour l'ère définitive (au-dessus de quoi s'envola, dans l'héroïque encore, le camaieu Louis XIV), il projette d'y établir comme en quelque terrain, général et stable, le drame, en soi et hors d'aucune fable que les cas de notoriété. Le moyen de sublimation de poëtes nos prédécesseurs avec un vieux vice charmant, trop de facilité à dégager la rythmique élégance d'une synthèse, approchait la formule souhaitée, laquelle diffère par une brisure analytique multipliant la vraisemblance ou les heurts du hasard.

Vienne le dénouement d'un orage de vie, gens de ce temps, rappelons-nous avec quel souci de parer jusqu'à une surprise de geste ou de cri dérangeant notre sobriété nous nous asseyons, simplement, pour un entretien. Ainsi et selon cette tenue, commence en laissant s'agiter chez le spectateur le sourd orchestre des dessous et me subjugue RENÉE.. A demi-mot se résout posément chaque état sensitif par les personnages même su, le propre de notre attitude maintenant, ou celle humaine suprême, étant de ne parler jamais qu'après décision, loin de fournir la primauté au motif sentimental même le plus cher: alors s'établit en nous l'impersonnalité des grandes occasions.