— Möchte es sein ! (si cela pouvait être !) » lui dis-je en lui frappant avec la main sur l’épaule.

Le pauvre homme tressaillit, devint tout confus, et puis me dit :

« J’espère que je ne serai pas prophète, et je désire que monsieur soit délivré par un tout autre ange.

— Plutôt que vivre ainsi, ne vous semble-t-il pas, lui répondis-je, que l’ange de la mort lui-même serait le bienvenu ? »

Il fit signe que oui de la tête, et s’en alla plein de compassion pour moi.

J’aurais vraiment volontiers cessé de vivre, mais je n’étais pas tenté par le suicide. J’avais la conviction que la faiblesse de mes poumons était déjà assez prononcée pour m’enlever promptement. Cela ne plut pas à Dieu. La fatigue du voyage m’avait fait beaucoup de mal ; le repos m’apporta quelque soulagement.

Un instant après que le serrurier fut sorti, j’entendis résonner le marteau sur l’enclume dans le souterrain. Schiller était encore dans ma chambre.

« Entendez-vous ces coups ? lui dis-je. Certainement on met les fers au pauvre Maroncelli. »

En disant ces mots, mon cœur se serra tellement que je vacillai, et si le bon vieillard ne m’avait pas soutenu, je serais tombé. Je restai plus d’une demi-heure dans un état qui ressemblait à l’évanouissement, et pourtant ce n’en était pas. Je ne pouvais parler ; mon pouls battait à peine, une sueur froide m’inondait des pieds à la tête, et nonobstant j’entendais toutes les paroles de Schiller, et j’avais très vives la souvenance du passé et la connaissance du présent.

Les recommandations du surintendant et la vigilance des gardiens avaient maintenu jusqu’alors le silence dans toutes les prisons voisines. Trois ou quatre fois j’avais entendu entonner quelque cantilène italienne, mais elle avait été aussitôt interrompue par les cris des sentinelles. Nous en avions plusieurs sur le terre-plein situé au-dessous de nos fenêtres, et une dans notre corridor même, laquelle allait sans cesse mettant son oreille aux portes et regardant par les guichets, afin d’empêcher les rumeurs.