Le lendemain arriva le Capitaine Yroquet, & un autre Ochategin[274], qui avoient 80 hommes, & estoient bien faschez de ne s'estre trouvez à la défaite. En toutes ces nations il y avoit bien prés de 200 hommes, qui n'avoient jamais veu de Chrestiens qu'alors, dont ils firent de grandes admirations.
Note 274: [(retour) ]
Ochateguin.
Nous fusmes trois jours ensemble à une isle[275] le travers de la riviere des Hiroquois, puis chacune nation s'en retourna en son pays. J'avois un jeune 178/834garçon [276], qui avoit hyverné deux ans à Québec, lequel avoit desir d'aller avec les Algoumequins, pour apprendre la langue, cognoistre leur pays, voir le grand lac, remarquer les rivieres, & quels peuples y habitent: ensemble descouvrir les mines, & choses plus rares de ces lieux, afin qu'à son retour il nous peust donner cognoissance de toutes ces choses. Je luy demanday s'il l'avoit agréable, car de l'y forcer capitaine ce n'estoit ma volonté. Je fus trouver le Capitaine Yroquet, qui m'estoit fort affectionné, auquel je demanday s'il vouloit emmener ce jeune garçon avec luy en son pays pour y hyverner, & le ramener au printemps. Il me promit le faire, & le tenir comme son fils. Il le dit aux Algoumequins, qui n'en furent pas trop contents, pour la crainte qu'il ne luy arrivast quelque accident[277].
Note 275: [(retour) ]
Vraisemblablement l'île de Saint-Ignace. (Voir 1613, p. 219, note l.)
Note 276: [(retour) ]
Ce jeune garçon était, ce semble, Étienne Brûlé; car on lit, dans l'édition de 1619: «Or y avoit-il avec eux un appellé Estienne Brûlé, l'un de nos truchemens, qui s'estoit adonné avec eux depuis 8 ans, tant pour passer son temps, que pour voir le pays, & apprendre leur langue & façon de vivre»... (1619, p. 133.)
Note 277: [(retour) ]
L'édition de 1613 renferme ici quelques détails de plus sur cet échange d'un jeune français, que nous croyons être Étienne Brûlé, pour un jeune sauvage, (p. 220, 221, 222.)
Leur ayant remonstré le desir que j'en avois, ils me dirent: Que puis que j'avois ce desir, qu'ils l'emmeneroient, & le tiendroient comme leur enfant; m'obligeant aussi de prendre un jeune homme [278] en sa place, pour mener en France, afin de leur rapporter ce qu'il y auroit veu. Je l'acceptay volontiers, & en fut fort aise. Il estoit de la nation des Ochateguins dits Hurons[279]. Cela donna plus de sujet de mieux traitter mon garçon, lequel j'equipay 179/835de ce qui luy estoit necessaire, & promismes les uns aux autres de nous revoir à la fin de Juin.
Note 278: [(retour) ]
Savignon, dont il est parlé en plusieurs endroits de l'édition 1613, et surtout dans, le Troisième Voyage.
Note 279: [(retour) ]
Voir ci-dessus, p. 144.
Quelques jours après ce prisonnier Hiroquois que je faisois garder, par la trop grande liberté que je luy donnois, s'enfuit & se sauva, pour la crainte & appréhension qu'il avoit, nonobstant les asseurances que luy donnoit une femme de sa nation, que nous avions en nostre habitation[280].