Ladite Dame donna l'argent aux Pères Jesuites pour le mettre entre les mains de quelque marchand à Dieppe: mais ledit sieur de Poitrincourt fit tant avec les mesmes Peres, que de ces mille escus il en tira quatre cents.
Il commit à cet embarquement un sien serviteur appellé Simon Imbert Sandrier, qui s'acquitta assez mal de l'administration de ce navire équipé & frété. Il partit de Dieppe le 31 de Décembre au fort de l'hyver, & arriva au port Royal le 23 de Janvier l'an suivant 1612.
Le sieur de Biencourt fort aise d'une part de voir ce nouveau secours arrivé, & d'autre fasché de voir Madame de Guercheville hors de ceste compagnie, suivant ce que ledit Imbert luy avoit dit, & des plaintes que luy firent les Pères Jesuites du mauvais mesnage fait en tel embarquement par cet Imbert, qui à tort & sans cause accusoit les Peres, lesquels neantmoins le contraignirent de confesser qu'il estoit gaillard quand il parla audit sieur de Biencourt.
En fin toutes ces choses estans appaisées & pardonnées, le Pere Masse estant avec les Sauvages 116/772pour apprendre leur langue, il devint malade en un lieu, où il eut grande disette, car tout estoit en désordre en ceste demeure. Le Père Biart demeura au port Royal, où il souffrit plusieurs fatigues, & de grandes necessitez quelques jours durant, à amasser du gland, & chercher des racines pour son vivre. Pendant ce temps on dressoit en France un equipage pour retirer les jesuites du port Royal, & fonder une nouvelle demeure en un autre endroit. Le chef de cet équipage estoit la Saussaye, ayant avec luy trente personnes qui y devoient hyverner, y compris deux jesuites & leur serviteur, qui se prendroient au port Royal. Il avoit desja avec luy deux autres Peres Jesuites, sçavoir le Père Quentin [201], & le Père Gilbert du Thet [202], mais ils devoient revenir en France avec l'équipage des matelots, qui estoient 38.[203] La Royne avoit contribué à la despense des armes, des poudres, & de quelques munitions. Le vaisseau estoit de cent tonneaux, qui partit de Honnefleur le 12 Mars l'an 1613, & arriva à la Héve à l'Acadie le 16 de May, où ils mirent pour marque de leur possession les armes de Madame de Guercheville. Ils vindrent au port Royal, où ils ne trouverent que 5 personnes, deux Peres Jesuites, Hébert [204] Apoticaire (qui tenoit la place du Sieur de Biencourt, pendant qu'il estoit allé bien loin chercher dequoy vivre) & deux autres personnes. Ce fut 117/773à luy qu'on presenta les lettres de la Royne, pour relascher les Pères, & leur permettre aller où bon leur sembleroit; ce qu'il fit: & ces Peres retirèrent leurs commoditez du pays, & laisserent quelques vivres audit Hébert, afin qu'il n'en eust necessité.
Note 201: [(retour) ]
Jacques Quentin. «On a quelquefois confondu ce P. Jacques Quentin avec Claude Quentin, que nous trouvons porté sur le Catalogue de 1625 comme étudiant en théologie à la Flèche.».(Première mission des Jésuites en Canada, par le P. Carayon, note de la p. 109.)
Note 202: [(retour) ]
Gilbert du Thet n'était que Frère.
Note 203: [(retour) ]
Le P. Biard dit 48. (Relat, ch. XXIII.)
Note 204: [(retour) ]
Louis Hébert, qui plus tard vint s'établir à Québec.
Ils sortirent de ce lieu, & furent habiter les monts deserts à l'entrée de la riviere de Pemetegoet. Le pilote arriva au costé de l'est de l'isle des monts deserts, où les Peres logèrent, & rendirent grâces à Dieu, eslevans une croix, & firent le sainct sacrifice de la Messe: & fut ce lieu nommé Sainct Sauveur, à 44 degrez & un tiers de latitude.
Là à peine commençoient-ils à s'accommoder, & deserter le lieu, que l'Anglois survint, qui leur donna bien d'autre besongne.