Mais la femme du colonel était la seule personne qui voulût ou osât dire quoi que ce soit contre mistress Larkyn.
Tout le monde, à part elle, l'accueillait comme une amusante, une honnête petite personne.
En conséquence, à la pensée que son mari était allé semer des montres sous les fenêtres de cette «créature» à des heures maudites, et se rappelant que la nuit d'avant, même, il était rentré fort tard…
Arrivée à ce point, elle se leva et se mit en quête de son mari.
Il nia tout, excepté que la montre était à lui.
Elle le supplia de songer au salut de son âme et de dire la vérité. Il nia de nouveau, en ajoutant deux gros mots.
Puis, un silence tomba sur la colonelle pétrifiée, et pendant ce silence on aurait pu respirer cinq fois.
Le discours qui suivit ne regarde ni vous ni moi. C'était un tissu de jalousie conjugale et féminine. On y devinait l'expérience de la vieillesse et des joues creuses, une méfiance profonde, basée sur le texte qui dit que les cœurs mêmes des tendres bébés sont aussi mauvais qu'on les fait. Il y avait enfin de la rancune, de la haine contre mistress Larkyn, tout cela assaisonné des articles de foi que professait la femme du colonel.
Et par-dessus tout, il y avait la montre Waterbury avec la chaîne faite d'une fausse gourmette, cette montre qui faisait tic tac dans le creux de sa main desséchée.
A cette heure-là, je crois bien que la colonelle éprouva quelque chose des soupçons contenus qu'elle avait insinués dans l'âme du vieux Laplace, quelque peu des souffrances qu'elle avait causées à la pauvre miss Haughtrey, quelque peu de la douleur qui rongeait comme un cancer le cœur de Brexton, pendant qu'il assistait à l'agonie de sa femme.