Je découvris qu'elle s'était trouvée debout tout à côté de Saumarez pendant qu'il avait fait sa demande à sa sœur, et qu'elle avait alors éprouvé le besoin de rentrer chez elle pour pleurer à son aise, en jeune fille anglaise qu'elle était.
Pendant notre trajet, elle s'épongea les yeux avec son mouchoir, et se mit à me gazouiller son contentement, dans une joie débordante, comme convulsive.
Cela était absolument extraordinaire, mais n'en avait pas du tout l'air, en ce moment, en cet endroit.
Tout l'univers se réduisait aux deux petites Copleigh, à Saumarez et à moi, et on eût dit que la tâche de remettre en ordre cet univers bouleversé m'avait été confiée.
Lorsque nous parvînmes à la tombe, dans le calme profond et morne qui suivit l'orage, l'aube allait bientôt paraître. Personne ne s'était éloigné.
On attendait notre retour.
Saumarez surtout.
Sa figure était pâle et tirée.
Quand miss Copleigh et moi, nous arrivâmes clopin-clopant, il s'avança à notre rencontre, et lorsqu'il l'eut aidée à mettre pied à terre, il l'embrassa devant toute la troupe.
On eût dit une scène jouée sur un théâtre, et ce qui ajoutait à la ressemblance, c'était l'aspect des acteurs tout blancs de poussière, avec des airs de fantômes, tant les hommes que les femmes, sous les orangers qui applaudissaient—on eût dit qu'ils étaient l'auditoire—au choix de Saumarez.