Le terrain était très dur, et de temps à autre nous nous lancions à travers les tourbillons étouffants, les «diables de poussière» qui se forment à la lisière de l'orage qui se déplace.

Il soufflait un vent d'une chaleur brûlante qui nous apportait la puanteur d'un four à briques moisies, et ainsi tantôt dans un demi-jour, tantôt à travers les «diables de poussière» par la plaine désolée, voltigeait l'amazone de toile brune sur le cheval gris.

Tout d'abord elle piqua droit vers la station.

Puis, elle fit demi-tour, et partit dans la direction de la rivière en traversant des couches roussies de l'herbe des jungles, sol assez mauvais pour vous faire faire panache.

Si j'avais été de sang-froid, je n'aurais jamais eu l'idée de traverser un pareil pays la nuit, mais cela me paraissait tout naturel, avec l'éclair scintillant au-dessus de moi, et, dans le nez une vapeur puante qui semblait monter de l'abîme.

Je volais, je criais.

Elle se penchait en avant, et fouaillait son cheval, si bien que la queue de l'ouragan arriva sur nous, en nous enveloppant et nous emportant dans la direction du vent, comme des bouts de papier.

Je ne sais quelle distance nous parcourûmes à cheval, mais le bruit de tambour que faisaient les fers, les grondements du vent, et la marche affolée de la lune rouge de sang à travers le brouillard jaune, tout cela me parut durer des années, des années.

J'étais littéralement trempé de sueur depuis mon casque jusqu'à mes guêtres, quand le cheval gris trébucha, reprit son équilibre, et se remit en marche complètement fourbu.

Ma bête, elle aussi, n'en pouvait plus.