Il faut donc conter la chose extérieurement,—sans y voir clair,—tout de travers.

Ne faites jamais à une femme l'éloge de sa sœur, avec l'espoir que vos compliments arriveront à la destination que vous vous proposez, et dans celui de planter des jalons pour vous-même.

Une sœur est avant tout, femme. Elle n'est sœur qu'ensuite, et vous reconnaîtrez que vous vous nuisez à vous-même.

Saumarez savait cela quand il se décida à demander sa main à l'aînée des misses Copleigh.

Saumarez était un homme singulier. Il n'avait guère de mérites visibles pour les hommes, quoiqu'il fût très bien vu des femmes et qu'il eût de la prétention assez pour en fournir à un conseil de vice-roi, tout en en gardant un peu pour le commandant en chef de l'état-major.

C'était un civil.

Beaucoup de femmes s'intéressaient à Saumarez, peut-être parce qu'il était rude dans ses façons avec elles.

Si vous heurtez les naseaux d'un poney, dès le premier moment où vous faites sa connaissance, il peut se faire qu'il ne vous prenne pas en affection, mais il est certain qu'il suivra avec un vif intérêt tous les mouvements que vous ferez par la suite.

L'aînée des misses Copleigh était jolie, boulotte, engageante et charmante.

La cadette n'était pas aussi jolie, et à entendre des hommes qui ne tiennent pas compte du conseil donné ci-dessus, elle inspirait de l'éloignement, elle n'avait aucune attraction. En fait, les deux jeunes personnes avaient le même extérieur, et il y avait la plus grande ressemblance entre leur air et leur voix, bien que le premier venu pût dire sans hésitation laquelle des deux était la plus jolie.