Il y avait autrefois une femme coolie… Mais c'est une autre histoire.
Dunmaya s'habillait généralement en noir et jaune, ce qui lui allait bien.
Et pendant tout ce temps, la lettre restait dans le tiroir d'Agnès.
De temps à autre, elle songeait au pauvre Phil, qui s'escrimait de son mieux, de toute sa résolution, parmi les cobras et les tigres de Darjeeling, et travaillait tant qu'il pouvait, dans l'espoir qu'un jour elle lui reviendrait.
Le mari, qu'elle avait, valait dix hommes comme Phil, à cela près qu'il avait un rhumatisme du cœur.
Trois ans après son mariage, après avoir essayé de Nice et de l'Algérie pour sa maladie, il s'embarqua pour Bombay et il y mourut, ce qui rendit la liberté à Agnès.
Comme elle était dévote, elle considéra cette mort et l'endroit où elle avait eu lieu comme une preuve que la Providence était personnellement intervenue, et quand elle se fut remise de l'émotion, elle se reprit, elle relut les lettres de Phil, avec les etc., etc., les gros traits, les petits traits. Elle les baisa maintes fois.
A Bombay personne ne la connaissait. Elle avait hérité de son mari une fortune considérable, et Phil était tout près d'elle. Certes, c'était mal, c'était inconvenant, mais elle résolut, comme le font les héroïnes de romans, d'aller retrouver son amant de jadis, de lui offrir sa main et son or, et de passer le reste de sa vie avec lui dans quelque endroit inaccessibles aux âmes incapables de la comprendre.
Elle passa deux mois seule à l'hôtel Watson, pour parfaire son projet: c'était là un joli tableau.
Puis elle se mit à la recherche de Phil Garron, aide dans une plantation de thé dont le nom était encore plus impossible à prononcer qu'il n'est habituel.