Il revint avec nous tel qu'il était, et les Shikarris poussèrent de tels cris, que le mess des artilleurs envoya demander si on ne pourrait pas les admettre à prendre part à la fête.
Je suis d'avis que nous fûmes tous, à l'exception du colonel et du sergent doyen, quelque peu désappointés de voir que le scandale avait avorté. Mais c'est ainsi qu'est faite la nature humaine.
Il n'y avait pas moyen de mettre en doute le talent du Ver comme acteur: il avait poussé la chose aussi près d'un affreux et tragique dénouement, que le comportait ce genre de facétie.
La plupart des sous-officiers le mirent à la question afin de savoir pourquoi il n'avait pas dit qu'il était très fort comme acteur, mais il répondit tranquillement:
—Je ne me souviens pas que vous me l'ayez jamais demandé. J'avais l'habitude de jouer des pièces à la maison avec mes sœurs.
Mais des pièces jouées avec des jeunes filles… cela n'était pas assez pour expliquer le talent dont le Ver avait fait preuve ce soir-là.
Pour mon compte, je trouve que c'était de mauvais goût. Et en outre c'était dangereux. Il ne sert de rien de jouer avec le feu, même pour faire des farces.
Les Shikarris l'élurent président du club dramatique du régiment, et quand le sergent doyen paya sa dette, ce qu'il fit sans se faire prier, le Ver dépensa tout l'argent à acheter des décors et des costumes.
C'était un bon Ver et les Shikarris sont fiers de lui.
Le seul inconvénient de la chose, c'est qu'on lui ait donné le nom de «Mistress Sergent Doyen», et comme il y a maintenant deux mistress Sergent Doyen dans la garnison, les étrangers s'y trompent quelquefois.