Il se prit de querelle avec d'autres garçons, et étant sensible jusqu'à la moelle, il garda rancune de ces querelles, il se piqua au jeu.
Il trouva du plaisir au whist, aux gymkhanas, et aux autres choses de cette sorte, inventées pour se distraire après les heures de travail, mais il les prit aussi au sérieux, tout comme il l'avait fait pour prendre le panache, après boire.
Le whist et les gymkhanas lui firent perdre de l'argent parce que tout cela était nouveau pour lui.
Il prit au sérieux ses pertes, et mit tout autant d'énergie et d'application à une course dont l'enjeu était deux mohurs d'or[5] sur des poneys ekka débutants, aux crinières tressées, que s'il se fût agi du Derby. Cela était dû moitié à l'inexpérience—de même que le petit chien se querelle avec le coin de carpette du foyer—et moitié à l'étourdissement que lui causait le passage d'une vie tranquille, au grand jour et au mouvement d'une vie plus animée. Personne ne lui parla du savon et du cirage, parce que la plupart des hommes tient pour certain qu'un homme d'intelligence moyenne s'en défie suffisamment. Il était vraiment pénible de voir le Jeune Garçon s'en aller par morceaux à chaque heurt, comme un poulain trop tenu en main, qui tombe et se couronne quand il échappe au valet d'écurie.
[5] Roupies.
Cette licence sans frein dans les amusements qui ne valent pas la peine qu'on sorte des rangs pour y goûter, et à plus forte raison qu'on y coure en bousculant tout le monde, dura six mois c'est-à-dire tout le temps de la saison froide.
Alors nous pûmes croire que la chaleur, la conscience d'avoir perdu son argent et estropié ses chevaux calmeraient le Jeune Garçon, et qu'il prendrait de l'aplomb.
C'est ce qui fût arrivé dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent. Vous voyez cela se produire dans toutes les stations de l'Inde.
Mais ce cas particulier fut une exception parce que le Jeune Garçon était sensible, et prenait les choses au sérieux, ainsi que j'ai dû déjà le répéter au moins sept fois.
Certes, nous ne saurions dire quelle impression ses excès faisaient sur lui-même. Ils n'avaient rien qui fût de nature à briser le cœur, rien qui dépassât la moyenne.