Alors Létourdi demanda au chef de gare ce que signifiait un traitement pareil, un traitement aussi indigne.
Le chef de gare lui répondit qu'il était le soldat John Binkle du ***me régiment, cinq pieds neuf pouces, cheveux blonds, yeux gris, tenue en désordre et pas de signes extérieurs, qui avait déserté quinze jours auparavant.
Létourdi se mit à donner de longues explications; mais plus il en donnait, moins le chef de gare le croyait.
Il répondait que jamais lieutenant n'avait eu l'air aussi bandit que Létourdi, et qu'il avait pour instruction d'expédier son prisonnier sous bonne garde à Umritsar.
Létourdi souffrait de l'humidité, était fort mal à son aise. Les termes dont il se servit ne sont pas de nature à être publiés, même sous forme expurgée.
Les quatre constables le mirent dans un compartiment de troisième classe, et il passa ses vingt-quatre heures de trajet à les injurier avec autant de volubilité que le lui permettait sa connaissance du langage courant.
A Umritsar, on fit de lui un paquet bien ficelé qu'on déposa sur une plate-forme, grâce aux bras d'un caporal et de deux hommes du ***me régiment.
Létourdi se redressa et tâcha de se tirer d'affaire en prenant un air supérieur.
Il n'avait guère l'air supérieur, avec ses menottes, quatre constables derrière lui, et le sang de sa coupure qui s'était coagulé sur sa joue gauche.
Le caporal n'avait pas non plus l'air de plaisanter.