Mellishe, de Madras, avait été si pompeux, si solennel au sujet de sa «Conférence», que Wonder avait arrangé un tiffin[17] en tête à tête, non point avec un aide de camp, non point avec Wonder, mais avec le vice-roi, qui exprimait d'un ton plaintif sa crainte de se voir seul en présence d'un autocrate démuselé, tel que l'était le grand Mellishe, de Madras.
[17] Collation entre le déjeuner et le dîner.
Mais le vice-roi ne fut point ennuyé par son hôte.
Loin de là, il fut diverti.
Mellish était nerveusement préoccupé d'en venir promptement à son procédé fumigatoire; il causa à tort et à travers au hasard pendant tout le repas, et Son Excellence l'invita à fumer.
Le vice-roi fut enchanté de Mellish, parce que celui-ci ne lui parlait pas d'affaires du métier.
Dès que les cigares furent allumés, Mellish causa comme un homme; il commença par sa théorie sur le choléra, détailla ses quinze années de «travaux scientifiques», les machinations de la «Coterie de Simla», la supériorité de sa poudre fumigatoire, pendant que le vice-roi l'observait, les yeux à demi clos, en se disant:
—Évidemment, il y a une erreur sur l'identité: ce n'est pas le véritable tigre annoncé, mais c'est un animal original.
Mellish était si animé que ses cheveux se hérissaient et qu'il bégayait.
Puis, il se mit à fouiller dans la poche de derrière de sa redingote, et avant que le vice-roi eût pu se douter de ce qui allait arriver, il avait jeté une grosse poignée de sa poudre dans le grand cendrier d'argent.