Je mets en quête d'une ekka, et je vais parler au diable qui servait de conducteur.
Je lui dis.
—Écoute, négro, voici un sahib qui va demander cette ekka. Il s'est mis en tête d'aller se balader à la montagne de Padsahi,—c'était à environ deux milles,—pour chasser la bécasse—tu vas le mener tambour battant, compris! C'est pas la peine de faire de boniment au sahib; il ne comprend mot à ton bafouillage. S'il te dégoise quelque chose, tu cognes ton cheval et fouette cocher. Va bon train le premier mille, sitôt sorti du cantonnement. Puis, rosse ta bête et guette à tout renverser, fouette à tours de bras. Ce sahib sera content. Et voici une roupie pour toi.
L'homme à l'ekka comprit qu'il y avait dans l'air quelque chose de pas ordinaire.
Il rit de toute sa bouche, et dit:
—Je vois de quoi il retourne. J'irai un train d'enfer.
Je priai le ciel pour que la barouche du colonel arrivât trop tard, quand mon petit Benira serait embarqué, à la grâce de Dieu.
Le petit homme fourre toutes ses affaires dans l'ekka, et s'y introduit lui-même comme un petit cochon d'Inde, sans avoir la moindre idée de nous offrir de quoi prendre un verre pour la peine que nous nous donnions pour le ramener chez lui.
—Et maintenant, que je dis aux autres, le voilà en route pour les montagnes de Padsahi!
—Juste à ce moment, continua Ortheris, arrive le petit Bhuldoo. Celui-là, c'est le fils d'un des saïs de l'artillerie. En voilà un qui aurait fait un fameux camelot sur le pavé de Londres, tant il était malin et propre à jouer toutes sortes de jeux. Il nous avait regardés mettre Monsieur Benira, dans sa barouche improvisée, et il nous dit: