—Vous? répondit la princesse. Notre fonds manquait de force. C'est ce qui fait que vous êtes venues... comme serait venue toute autre maladie. Tenez bon, là, vous tous, mon petit peuple!»

Lorsque le soleil se leva, les Figures Voilées s'en vinrent, et aperçurent à l'extrémité de la branche leur essaim qui attendait patiemment en vue de la vieille Ruche—une poignée—mais prêt à recommencer.

PAR LA MALLE DE NUIT

UNE HISTOIRE DE L'AN DEUX MILLE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE

A neuf heures, par un soir orageux d'hiver, je me tenais sur les paliers inférieurs de l'une des tours de départ pour l'étranger de la G.P.O.[16]. Mon intention était d'aller faire un tour à Québec par la «Malle-Poste 162, ou telle autre désignée»; et ce fut le Directeur Général des Postes en personne qui contresigna l'ordre.

[16] General Post Office. En français: Direction Générale des Postes.

Ce talisman ouvrit toutes portes, jusqu'à celles du caisson d'expédition, au pied de la tour, où l'on était en train de délivrer le courrier du continent tout trié. Les sacs gisaient encaqués comme des harengs dans les longues nacelles grises que notre G.P.O. appelle encore «fourgons». Cinq de ces «fourgons» furent remplis sous mes yeux, et lancés par les coulisses pour aller se faire cadenasser à leurs malles en train d'attendre à trois cents pieds plus près des étoiles.

Du caisson d'expédition je fus conduit par un fonctionnaire aussi courtois que prodigieusement savant—Mr. L.L. Geary, second expéditeur de la route de l'Ouest—à la Chambre des Capitaines (voilà qui éveille un écho de vieille romance), où les capitaines de la malle s'en viennent au moment de prendre leur service. Il me présente au capitaine du 162—le capitaine Purnall, ainsi qu'à sa relève, le capitaine Hodgson. L'un, petit et brun; l'autre, fort et rouge; mais nantis chacun de ce regard concentré et méditatif, caractéristique des aigles aussi bien que des aéronautes. Vous pouvez voir cela dans les portraits de nos coureurs professionnels, depuis L. V. Rautsch jusqu'à la petite Ada Warrleigh—cette insondable abstraction des yeux habituellement tournés vers l'espace nu.

Sur le tableau enregistreur de la Chambre des Capitaines, les flèches palpitantes d'une vingtaine d'indicateurs enregistrent, degré par degré géographique, la marche de tout autant de bâtiments en cours de rentrée. Le mot «Cap» s'en vient barrer la face d'un cadran; un gong retentit: la malle du milieu de chaque semaine du Sud Afrique vient de rentrer aux Tours d'Arrivée de Highgate. C'est tout. Cela rappelle d'une façon comique cette traîtresse de petite sonnette, qui, dans les greniers des colombophiles, notifie le retour d'un habitué.

«Voici l'heure d'appareiller, dit le capitaine Purnall. (Et l'on nous lance par l'ascenseur des passagers au sommet des tours d'expédition.) Notre fourgon viendra s'adapter dès qu'il sera rempli et que les employés seront à bord...»