—Je crois que la vérité, c'est que nous sommes trop nombreuses et trop bien nourries pour essaimer, dit Mélissa.

—Oui, c'est la vérité,» dit la voix de la Reine derrière elles.

Elles n'avaient pas entendu le lourd pas royal qui fait vibrer les cellules vides. Sacharissa lui offrit aussitôt à manger. Elle mangea et porta son corps pesant en avant.

«Pouvez-vous suggérer un remède? dit-elle.

—Les nouveaux principes! s'écria la Teigne du fond de sa crevasse. Nous en ferons l'application tranquillement... plus tard.

—Supposez que nous fassions sortir un essaim? suggéra Mélissa. La saison est un peu avancée, mais cela pourrait nous soulager.

—Cela nous sauverait, mais je connais la Ruche! Vous allez voir par vous-même.»

La vieille Reine jeta le Cri d'Essaimage, lequel, pour une abeille de bon sang, doit être ce qu'était la trompette pour le cheval de Job. En dépit du grand âge de la souveraine (trois ans), le cri retentit entre les cagnons des cadres à l'instar d'un pibroch dans une passe de montagnes; les ventileuses, changeant de note, le reprirent dans chaque galerie, et les mâles aux larges ailes, trapus et impatients, l'achevèrent en une vibrante explosion de clairons:

«La Reine le veult! Essaime! Essai-aime! Essai-ai-aime!»

Mais le grondement qui eût dû suivre l'appel, faisait défaut. On entendit une sorte de grommellement entrecoupé, pareil au murmure de la marée descendante.