Vivant avec le chien comme je faisais, je ne pris pas garde que les chaleurs l'éprouvaient plus que de raison, jusqu'au jour où quelqu'un, au cercle, me dit:
«Mais votre chien n'en a pas pour une semaine ou deux. Ce n'est plus qu'une ombre.»
Sur quoi je bourrai Garm de fer et de quinine, ce qui ne lui plut guère; et je restai fort inquiet. Il perdit l'appétit, et Vixen fut autorisée à manger le dîner du pauvre Garm sous ses yeux. Cela même n'arriva pas à le faire avaler, et l'on se réunit en consultation à son sujet: le meilleur docteur mâle de l'endroit; une doctoresse qui soignait des femmes de rois; et l'Inspecteur Général Adjoint du service vétérinaire de toute l'Inde. Ils se prononcèrent sur les symptômes, et je leur racontai l'histoire. Et Garm était là, couché sur le divan, à me lécher la main.
«Il se meurt de chagrin, dit tout à coup la doctoresse.
—Ma parole, repartit l'Inspecteur Général Adjoint, je crois que Mrs. Macræ a parfaitement raison—comme toujours.»
Le meilleur docteur mâle de l'endroit rédigea une ordonnance, que l'Inspecteur Général Adjoint du service vétérinaire parcourut ensuite, afin de s'assurer que les médicaments étaient dans de convenables proportions de chien; ce fut la première fois de sa vie que notre docteur souffrit de voir reviser ses prescriptions. Il s'agissait d'un tonique puissant, qui remit sur pied le pauvre bonhomme durant une semaine ou deux; après quoi il recommença de maigrir. Je demandai à un homme de ma connaissance, lequel se rendait dans les Montagnes, de l'emmener avec lui. L'homme s'en vint à la porte, son fourniment empaqueté sur le haut de la voiture. D'un seul et rouge coup d'œil, Garm embrassa toute la situation. Le poil se hérissa tout le long de son dos, et il s'assit en face de moi pour émettre le plus terrible grondement que j'aie jamais entendu dans la gueule d'un chien. Je criai à mon ami de partir aussitôt; et, dès que la voiture fut hors du jardin, Garm, posant sa tête sur mon genou, se mit à geindre. Ainsi connus-je sa réponse, et ne pensai plus qu'à me procurer l'adresse de Stanley dans les Montagnes.
Mon tour d'aller prendre le frais arriva tard en août. On nous octroyait trente jours de congé par an, si personne ne tombait malade, et nous les prenions suivant les nécessités du service. Mon chef et Bob le Bibliothécaire s'octroyèrent leurs vacances les premiers; et, lorsqu'ils furent partis, je fis, comme d'habitude, un calendrier que je pendis à la tête de mon lit, pour en arracher jour par jour un feuillet jusqu'à leur retour. Vixen était allée déjà cinq fois aux Montagnes avec moi; et elle en appréciait le froid, l'humidité et les beaux feux de bois presque autant que je faisais.
«Garm, fis-je, nous nous en allons retrouver Stanley à Kasauli. Kasauli, Stanley... Stanley, Kasauli.»
Et je répétai cela vingt fois.