—Comme un homme. C'est le meilleur chien de toute l'Inde. Ne peux-tu pas faire en sorte que Stanley le reprenne?
—Je ne peux pas faire plus que j'ai fait. Mais vous connaissez ses idées. Il accomplit sa pénitence, et v'là tout. Qu'est-ce qu'il va devenir, quand il va aller dans les Montagnes? Le major l'a mis sur la liste.»
C'est la coutume, aux Indes, de prendre dans chaque régiment un certain nombre de malades, pour les envoyer dans les stations de l'Himalaya au moment des chaleurs; et, malgré la fraîcheur et le bien-être dont les hommes devraient y jouir, la société de la caserne qui est là, en bas, leur manque au point qu'ils font tout leur possible pour redescendre, sinon même pour éviter d'y aller. Je sentis que ce déplacement amènerait une solution. Aussi étais-je plein d'espoir quand je quittai Mulvaney lequel, toutefois, me rappela.
«Il ne reprendra jamais le chien, môssieu. Vous pouvez bien parier un mois de votre paye! Vous connaissez ses idées.»
Je n'avais nullement la prétention de comprendre le fusilier Stanley; aussi fis-je la seule chose à faire: je le laissai tranquille.
Cet été-là, les malades du régiment auquel appartenait mon ami reçurent de bonne heure l'ordre de se rendre dans les Montagnes, les docteurs pensant que la marche ne pourrait que leur faire du bien tandis que les jours étaient encore frais. Leur route filait vers le sud jusqu'en un endroit appelé Umballa, à cent vingt milles ou davantage. Ils devaient alors tourner à l'est et continuer d'avancer dans les Montagnes jusqu'à Kasauli, Dugshai ou Sabathoo. La veille de leur départ, je dînai avec les officiers—ils se mettaient en route à cinq heures du matin. Il était minuit; quand je pénétrai en voiture dans mon jardin, et surpris une forme blanche qui se sauvait par-dessus le mur.
«Cet homme est ici depuis neuf heures du soir, dit mon majordome, à tenir conversation avec ce chien. Il est complètement fou. Je ne lui ai pas dit de s'en aller, parce que ce n'est pas la première fois qu'il vient ici, et que le boy m'a prévenu que si je lui disais cela, je me ferais immédiatement égorger par ce grand chien-là. Il n'a pas demandé à parler au Protecteur du Pauvre, pas plus qu'il n'a réclamé à manger ni à boire.
—Kadir Ruksh, répondis-je, tu as bien fait, car le chien t'aurait certainement tué. Mais je ne pense pas que le soldat blanc revienne jamais, maintenant.»
Garm dormit mal cette nuit-là, et geignit dans ses rêves. Il lui arriva, une fois, de sauter sur pattes avec un aboi clair et retentissant, et je l'entendis remuer la queue jusqu'au moment où cela le réveilla et où l'aboi mourut en un hurlement. Il avait rêvé qu'il se retrouvait avec son maître, et je faillis en pleurer. Tout cela, de la faute de cet imbécile de Stanley!
La première halte que fit le détachement des malades fut à quelques milles de leur caserne, sur le chemin d'Amritsar, et à dix milles de ma maison. Par hasard, l'un des officiers revint en voiture pour bien dîner encore une fois au cercle (la cuisine, en route, est toujours mauvaise), et je l'y rencontrai. C'était un de mes amis personnels, et je savais qu'il savait ce que c'était que d'aimer, ce qui s'appelle aimer, un chien. Son favori était un gros et gras retriever, qui allait dans les montagnes pour sa santé; et, quoiqu'on fût encore en avril, la brune et ronde bête soufflait et suffoquait dans la véranda du cercle au point d'en éclater.