—Ils s'en sont allés courant de tous côtés au soleil et bavant de la bouche jusqu'à ce que mort s'ensuive.
—Pourquoi?
—Dieu sait. Il a envoyé la démence. Ce n'était pas ma faute.
—Ta propre bouche t'a répondu. (L'Inspecteur se mit à rire.) Il en va pour les hommes comme pour les chiens. Dieu en frappe certains de la démence. Ce n'est pas notre faute si ces hommes-là s'en vont courant de tous côtés au soleil, la bave à la bouche. L'homme qui vient lancera de la salive par la bouche en parlant, et ne cessera de s'avancer et de se pousser vers ceux qui l'écouteront. En le voyant et en l'écoutant, vous comprendrez qu'il est affligé de Dieu, qu'il est dément. Il est dans la main de Dieu.
—Mais nos titres... nos titres concernant nos terres sont-ils bons? répéta l'assemblée.
—Vos titres sont dans mes mains... ils sont bons, déclara le Gouverneur.
—Et celui qui a écrit les papiers est un affligé de Dieu? demanda l'oncle de Farag.
—L'Inspecteur l'a dit, cria le Gouverneur. Vous le verrez, quand l'homme va venir. O cheiks et villageois, avons-nous chevauché ensemble et promené ensemble des chiots, et acheté et vendu de l'orge pour les chevaux... pour qu'après tant d'années nous suivions à l'aveugle une fausse piste sur les traces d'un dément... d'un affligé de Dieu?
—Mais la chasse nous paye pour tuer les chacals enragés, dit l'oncle de Farag. Et celui qui met en doute mes titres à ma terre...
—Aahh! Pas de blague! (Le fouet de chasse du Gouverneur claqua comme un pierrier.) Par Allah, tonna-t-il, s'il arrive de par vous le moindre mal aux affligés de Dieu, je tuerai de ma main chiens et chiots, l'un après l'autre, et c'en sera fait de la chasse. Maintenant, je m'en lave les mains. Allez en paix, et dites cela aux autres.