Ardemment occupé de ses doigts à écarter les souches d'épines, il avait oublié les nécessités de sa Colonie en Progrès.
Giuseppe et Jimmy firent comme on leur disait, le singe les suivant d'un œil circonspect et malicieux.
«Voici une découverte, dit Jimmy. La partie musiquante de cet orgue s'enlève des roues. (Il parla avec volubilité au propriétaire.) Oh, c'est afin que Giuseppe puisse l'emporter le soir dans sa chambre... et en jouer. Vous entendez? L'Italien, après sa journée de crime, joue de sa maudite machine pour le plaisir. Pour le plaisir, Christopher! Et Michel-Ange fut l'un deux!
—Ne dites pas de bêtises! Priez-le d'enlever à l'animal son petit jupon,» dit Sir Christopher Tomling.
Lord Lundie revint, fort peu essoufflé, par une brèche de la haie.
«Tout le monde est sorti, Dieu merci! cria-t-il. Mais j'ai razzié tout ce que j'ai pu. Marrons glacés, fruits confits, et tout un sac d'oranges.
—Parfait! déclara l'ingénieur universellement renommé. Jimmy, vous qui êtes le poids-léger, sautez sur l'orgue, et, au fur et à mesure que je vais vous les passer, empalez-nous toutes ces choses-là sur les feuilles!
—Je comprends, repartit Jimmy, en bondissant comme une gazelle. Toujours plus haut, toujours de l'avant, hein? Quo non ascendam! D'abord il va tâcher d'atteindre... sacrés piquants, va!... ce biscuit. Puis, nous allons l'attirer... c'est à peu près à portée de son bras... avec le marron glacé, après quoi, il fera la découverte de cette orange. Est-ce assez humain! Cela ressemble-t-il assez à votre ignoble carrière, Bubbles!»
A force de soin et de travail, ils réussirent, avec les biscuits, les oranges, les morceaux de banane et les marrons glacés, à faire des branches basses de l'arbre un vrai sentier du Paradis des singes.