Les Cloke furent plus communicatifs. Ce soir-là, et les jours suivants durant une semaine, ils débitèrent aux Chapin toute l'histoire officielle, telle qu'on la débite aux hôtes de passage, de Friars Pardon, la maison et ses cinq fermes. Mais Sophie posa tant de questions, et George témoigna d'une si sincère curiosité, que, la confiance venant, ils se lancèrent, sans omettre le détail transmis et observé, dans le récit de la vie, de la mort et des hauts faits des Elphicks, des Moones, et de leurs collatéraux, les Haylings et les Torrells. Ce fut une histoire racontée avec suite au prochain numéro, par Cloke dans la grange, ou sa femme dans la laiterie, les derniers chapitres réservés pour les soirs à la cuisine, au coin du grand feu, lorsque le couple avait passé la moitié de la journée à explorer la maison où le vieil Iggulden à la blouse bleue ricanait et s'esclaffait de les voir. Les motifs qui avaient régi les caractères étaient en dehors de leur compréhension; les destinées qui les déroutaient, autant de dieux qu'ils n'avaient jamais affrontés; les jours de côté que Mrs. Cloke projetait sur tel acte ou tel incident dépassaient en chose stupéfiante tout ce qu'on pouvait se rappeler. Aussi les Chapin écoutaient-ils avec délices, bénissant Mrs. Shonts.

«Mais pourquoi—pourquoi—pourquoi—Un Tel faisait-il comme ceci ou comme cela?» interrogeait Sophie de son siège près de la crémaillère; et Mrs. Cloke de répondre en se lissant les genoux: «Pour la terre.»

«J'y renonce, fit George, un soir, dans leur chambre. On dirait que dans ce pays les gens ne sont rien en comparaison du lieu qu'ils habitent. A l'entendre, Friars Pardon fut une sorte de Moloch.

—Pauvre vieille chose! (Ils venaient, comme d'habitude, de faire le tour des fermes avant le thé.) Pas étonnant, s'ils l'aimaient. Pensez aux sacrifices qu'ils ont faits pour elle! Jane Elphick a épousé le second Torrell afin de la garder dans la famille. Le salon octogone, au plafond à moulures, contigu à la grande chambre à coucher, était le sien. Mais lui, que vous a-t-il raconté en donnant à manger à ses cochons? demanda Sophie.

—C'est à propos des cousins Torrell et de l'oncle qui est mort à Java. Ils habitaient à Burnt House—derrière High Pardons, là où il y a ce ruisseau tout obstrué.

—Non. Burnt House est sous le bois de High Pardons, avant d'arriver à Gale Anstey, corrigea Sophie.

—Soit. Le vieux Cloke disait...»

Sophie ouvrit la porte toute grande, et d'en haut cria dans la cuisine, où les Cloke étaient en train de couvrir le feu:

«Mrs. Cloke, est-ce que Burnt House n'est pas sous High Pardons?

—Oui, ma chère petite, cela va sans dire, repartit distraitement la voix aux accents mollets. (Une petite toux.) Je vous demande pardon, madame. Qu'est-ce que c'était donc, que vous disiez?