—Je me rappelle. Il y a eu un article là-dessus dans je ne sais quel journal, dis-je.
—Nous en sommes venus à bout, cependant. Non... les marchands d'esclaves ne viennent pas de nos côtés, parce que nos bonshommes ont la réputation de trop aisément mourir, le premier mois qui suit leur capture. Cela diminue le profit, vous comprenez.
—Et vos charmants amis, les Sheshahelis?» demanda l'Infant.
—Il n'y a pas de débouché pour les Sheshahelis. On achèterait plutôt des crocodiles. Je crois qu'avant que nous ayons annexé le pays Ibn Makarrah tomba une fois sur eux—histoire de faire la main à ses jeunes gens—et se contenta de les tailler en pièces. Mes bonshommes sont pour la plupart agronomes—juste le calibre qu'il faut pour des planteurs de coton... Qu'est-ce que maman joue?... Once in royal[21]?»
[21] Hymne anglais pour petits enfants, bien connu des mères, et dont se souviennent les fils.
L'orgue, qui, jusque-là, n'avait fait que chantonner aussi amoureusement qu'une mère penchée sur son bébé, ordonna, précisa ses accords.
«Magnifique! Oh, magnifique!» dit l'Infant en toute sincérité.
Je ne l'avais jamais entendu qu'une fois chanter, et, quoique ce fût à une heure supportable de la matinée, son mess l'avait envoyé rouler dans une mare à lotus.
«Comment es-tu arrivé à faire travailler tes cannibales pour toi? demanda Strickland.
—Ils se sont convertis à la civilisation après que mon chef eut écrasé Ibn Makarrah—juste au moment où j'avais besoin d'eux. Vous comprenez, mon chef m'avait promis par écrit que, si je pouvais faire un peu de gratte, il ne l'empocherait pas, cette fois-ci, pour ses routes, mais que je l'aurais pour mon coton. Or, il me fallait la bagatelle de deux cents livres. Et nos revenus n'y correspondaient pas.